«L'Etat n'a pas assumé sa responsabilité, qui était de me protéger, fulmine Fausto Cattaneo, qui a eu à quatre reprises des tueurs à ses trousses. Je ne demande pas une escorte, comme Carla Del Ponte. Avec des gardes du corps armés jusqu'aux dents, je serais comme une flaque de miel: j'attirerais les guêpes. J'aimerais pouvoir vivre dans l'anonymat. Les Etats-Unis ont un programme de protection des témoins qui leur permet de changer d'identité, de domicile, de profession. Je demande la même chose, pour moi et ma famille. La publication de ce livre va encore augmenter les risques que je cours depuis que j'ai commencé à travailler sous couverture. Même si je n'acceptais pas de faire des photos, les journalistes se débrouilleraient pour en trouver. Je ne sais pas ce qui va m'arriver et je ne veux pas le savoir. Mais aujourd'hui, je suis un homme malade et seul. Bien sûr, je vis souvent avec la peur. Mais j'essaie de brouiller les pistes qui conduisent à moi, j'évite les habitudes, je varie mes horaires et mes circuits, je ne fréquente pas toujours les mêmes endroits. Et puis, je ne sors jamais sans mon SIG calibre 9, avec une balle engagée dans le canon et plusieurs chargeurs. Récemment, un Italien du Sud m'a téléphoné pour me dire qu'il serait très facile de m'écraser quand je circule à vélo. Je lui ai dit de bien s'assurer que je sois mort parce que sans cela, je le retrouverais où qu'il soit.»