Au tournant de l'année, «Le Temps» a fouillé dans les expressions idiomatiques traduites dans les quatre langues nationales (source: Marine Borel, «D'une pierre 4 coups», Ed. Salvioni). Dans les autres langues: «4 Fliegen mit einer Klappe», «4 Piccioni con una fava», «Ün viadi e 4 servezzans».

Episodes précédents:

Si le français regorge de formules pour dire qu’une personne se donne des airs importants, depuis le XVIIe, on dit qu’elle «pète plus haut que son cul». Ou, dès le XVIIIe, qu’elle «se croit le premier moutardier du pape». Mais la Suisse romande a préféré une imagerie plus goûteuse en instituant qu’un individu imbu de lui-même ne «se prend pas pour la queue de la poire». On explique le recours au fruit par le fait que sa queue est considérée comme accessoire.

La langue italienne, elle, s’en tient aux histoires de fragrances. «Avere la puzza sotto il naso» – avoir la puanteur sous le nez – renvoie à l’idée que les différentes classes sociales exhalaient autrefois des odeurs différentes… Evidemment, les pauvres n’avaient pas de quoi se parfumer et vivaient souvent dans des environnements sales. Pour cette raison, les nobles plissaient le nez et levaient le menton en passant à côté d’eux, comme le ferait quelqu’un de très hautain.

Fiers destriers

Dans les Grisons et en Suisse alémanique en revanche, on semble s’être mis d’accord sur la noble figure de l’équidé. Ainsi, «auf den hohen Ross sitzen» – être assis sur le grand cheval – prendrait sa source dans le Hochdeutsch,Ross désigne un cheval de valeur que jadis seuls les nobles chevauchaient. Aujourd’hui, en suisse-allemand, le terme renvoie à une simple monture. On ne peut s’empêcher de songer qu’à l’inverse, en français, «une rosse» désigne un vieux cheval malade ou sans vigueur.

En dialecte sursilvan, «haver in quiet sc’in cavagl» – avoir l’orgueil d’un cheval – tire son origine de la représentation traditionnellement positive de l’animal considéré comme grand, fort et performant. Une personne imbue d’elle-même croit donc qu’elle possède toutes ces qualités.

Et pour clore cette aventure linguistique, penchons-nous sur une jolie expression intraduisible, en surmiran, au centre des Grisons: «Crivlar l’ora» décrit le fait de scruter le ciel pour prévoir le temps à venir, illustrée par un personnage qui ferait passer les nuages, le vent, la pluie et le soleil à travers son tamis. Joli!