Au tournant de l'année, «Le Temps» fouille dans les expressions idiomatiques traduites dans les quatre langues nationales (source: Marine Borel, «D'une pierre 4 coups», Ed. Salvioni). Dans les autres langues: «4 Fliegen mit einer Klappe», «4 Piccioni con una fava», «Ün viadi e 4 servezzans».

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On retrace les origines de l'expression française au XIXe siècle. Formulée en référence aux croyances astrologiques, elle désigne bien précisément une forme de chance de longue durée. Pour les «coups de chance occasionnels», on parle plutôt d’«avoir de la veine», le vaisseau sanguin signifiant «inspiration» en ancien français, ou d’avoir du «pot» ou du «bol», qui, eux, réfèrent à l’arrière-train en argot du XIXe. 

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Oiseaux & champignons

De la voûte céleste, glissons jusqu’aux racines forestières. Outre-Sarine, on a opté pour «Ein Glückspilz sein» – être un champignon chanceux, voilà un bon début de virelangue –, expression du XVIIIe siècle qui établissait un parallèle entre la fulgurante ascension sociale des nouveaux riches et la vitesse de pousse des champignons. La connotation négative disparaît, selon les auteurs, au XIXe.

Et tiens, au-dessus des champignons, que trouve-t-on souvent? Des arbres, et dans ces arbres, sur une  branche perchés... des oiseaux. «Easser egn utschi vantirevel», ou être un oiseau chanceux, dit-on dans la région grisonne de Sutselva. Si la référence n’est pas assurée à cent pour cent, elle proviendrait de l’Antiquité, époque à laquelle ces volatiles étaient associés aux «personnes spéciales» (sauf la chouette, symbole de sagesse liée à la déesse Athéna). La logique veut qu’une âme particulière sorte du lot, elle est donc considérée comme chanceuse.

Généreux baisers

Les Tessinois, enfin, nous maintiennent dans l’ère d’Apollon et Daphné. «Essere Bacciato dalla fortuna» – être embrassé par la chance – puise ses origines de la déesse Fortuna qui, les yeux bandés, distribuait ses baisers (les faveurs accordées) de façon aléatoire sans tenir compte du mérite des uns ou des autres. Contrairement au français, dans la langue de Dante, on emploie l’expression pour des faveurs inattendues et ponctuelles, autant que pour désigner une prédisposition innée et durable.