Nella Martinetti a fait un carton l'hiver dernier. Pas une semaine sans qu'un quotidien, un magazine ou une chaîne de télévision ne parle de la chanteuse callipyge: tous ont eu leur petit couplet sur les heurs et malheurs de la Tessinoise, au point de mener le lecteur à l'overdose. Nella a perdu son chat, elle a connu la salmonellose, l'alcool, la tentation du suicide ou l'amour: bref, pas un battement de cils de ses 53 ans d'existence n'est ignoré du public. «Nella Bella» par-ci, «Nella National» par-là, elle est la femme la plus transparente de Suisse. Autant que ses 91 kilos pour 1,56 m le permettent. Mauvais goût de journaliste? Pas seulement. Nella Bella est accro des médias: «Je ne peux plus vivre sans», reconnaît-elle volontiers.

Nella Martinetti est née de parents modestes à Brissago au bord du lac Majeur. Selon ses dires, pas vraiment jolie, ne disposant pas d'une voix extraordinaire, elle devient jardinière d'enfants et écrit des chansons pour les petits. A force de persévérance, elle participe à des shows télévisés tessinois et découvre une niche en Suisse alémanique: la cansonetta tessinoise que plus personne ne veut entendre au sud des Alpes. Au milieu des années 80, la chanteuse (Volksmusiksängerin) est au faîte de la gloire: elle gagne avec Bella Musica le Grand Prix de la musique populaire en 1986, signe entre autres les paroles de la chanson de Céline Dion qui permettra à la Québécoise de gagner l'Eurovision de la chanson au nom de la Suisse.

Et puis, silence radio ou presque. Son ami rompt en effet une relation de vingt ans. Nella sombre: dépression, alcool, antidépresseurs, prise de poids. «Je grossissais de semaine en semaine et lors des essayages de costumes, ma couturière devenait folle», se souvient-elle aujourd'hui. Elle mettra dix ans à s'en remettre et surtout à s'accepter. En 1996, elle redécouvre l'amour et la presse retrouve le chemin de Nella. Claudio a 30 ans de moins qu'elle, quel beau feuilleton en perspective. Et Nella se dit qu'une femme bien en chair a aussi un avenir sentimental.

A partir de ce moment, tout repart très vite. Tenue d'abord cachée pendant un an, sa liaison va faire la une de la presse people et Nella Martinetti ne se fait pas prier pour la raconter. Les télévisions allemande et britannique (Channel 4) s'y sont aussi intéressées. Nella et Claudio offrent aux photographes leur même sourire crispé, leur coupe de cheveux identique: à la lionne avec mèches décolorées. La presse exulte et la chanteuse avec elle. Enfin, elle existe à nouveau.

Autant la presse s'égare à raconter ses moindres potins, autant elle accuse la Tessinoise de rechercher avidement la publicité. «Apparaître dans les médias est un travail de promotion comme un autre qui maintient ma visibilité et me permet de décrocher de nouveaux contrats, répond l'intéressée. D'autres entreprises se paient des spots TV, moi j'accorde une interview.» Si Nella Martinetti est une calculatrice avisée, elle n'est pas cynique. Elle reconnaît que cette présence médiatique répond à un besoin plus profond: «C'est comme une thérapie. C'est une façon de soigner mes complexes d'infériorité»: sa petite taille, son poids, son manque de confiance en soi. «C'est une façon de montrer ce dont je suis capable à tous ceux qui m'ont toujours dénigrée.» Une thérapie que réfutent les psychothérapeutes: l'étalage de sa vie privée au grand public n'est que le miroir du désarroi intérieur et ne donne pas de réponse constructive aux problèmes individuels.

Quand ses détracteurs traitent la chanteuse de «plus grande nouille blagueuse de la Nation», Nella Martinetti répond qu'au mieux elle en rit, qu'au pire cela la laisse froide. Mais lorsqu'on la qualifie de «chanteuse niocchi», alors là, elle se fâche: «Avec Bella Musica, j'ai vendu 2 millions de disques, plus que beaucoup d'artistes dans ce pays et j'ai gagné des prix. Ces résultats, personne ne peut me les contester.» Pour aussitôt tempérer cet excès d'assurance: «Je ne pense pas faire de l'art, mais j'aime cette musique-là. J'aime mon métier.»

Depuis son come-back, la Tessinoise ne chante plus beaucoup. Elle anime des soirées dans les clubs de province: «Je suis une missionnaire de la joie de vivre», dit-elle. Quitte à faire tout et n'importe quoi: «Je me suis battue une fois avec le boxeur Stefan Angern. On m'avait fixé des ampoules de liquide rouge derrière les dents. Au moment dit, je les ai percées et du coup mon visage en fut ensanglanté: c'était un super numéro.» Elle participe aussi à des émissions télévisées et les Tessinois pourront la découvrir en live le dimanche après-midi. Elle sera leur «donna di cuore», la Dr Ruth locale, à l'écoute de leurs problèmes quotidiens. «Je suis populaire aujourd'hui, parce que je fais ce que je veux et je dis ce que je pense, en dehors des modes. Le public apprécie ma spontanéité et ma sincérité.» Cette qualité-là, on ne pourra la reprocher à Nella Martinetti qui prend sa tête entre ses mains et lance: «Je suis tellement restée concentrée pendant cette interview: cela me fait presque mal.»

La semaine prochaine: Vera Dillier, membre de la jet-set zurichoise.