La confirmation qu'un néonazi récidiviste de 22 ans a participé à l'assassinat de Marcel von Allmen à Interlaken (Le Temps du 28 février) soulève des questions sur la mansuétude dont la justice et la police bernoises ont fait preuve envers cet individu majeur et dangereux.

En mai dernier, M. écope de 18 mois de prison avec sursis pendant trois ans au Tribunal de district d'Interlaken-Oberhasli. Verdict très, très clément pour quelqu'un qui a tenté de tuer un policier. La nuit du 14 mars 1999, M. se trouve à la gare d'Interlaken quand un agent en civil interpelle ce jeune homme «nerveux et suspect». Ce dernier, «se sentant menacé», prend la fuite. «Halte! Police ou je tire», crie le policier. M. prétend avoir mal compris. Il se retourne, sort une arme, et c'est lui qui tire – quatre balles à deux mètres, en pleine poitrine. L'agent ne doit la vie sauve qu'au gilet pare-balles enfilé sur insistance des collègues.

Au tribunal, M. plaide la légitime défense. Elle lui sera partiellement accordée en vertu d'une notion pénale élastique (la légitime défense «putative») laissant le juge apprécier la menace telle qu'elle a été perçue. «Peut-être ai-je surréagi», concède froi froidement M., dont la cour énumère les hobbies: armes à feu, karaté, boxe thaïlandaise, histoire de la guerre. Elle découvre aussi les mots «Sieg heil» sur son téléphone portable et tous les anniversaires du nazisme dans son agenda. M. qualifie cet intérêt d'«historique», des amis le décrivent «de droite, mais pas extrémiste».

«Deuxième chance»

Pourquoi une peine si légère? «C'est ce qu'avait requis le procureur, se couvre le président du tribunal Hans-Peter Schürch. M. ne savait pas qu'il avait affaire à un policier.» Les nombreux indices de néonazisme? «Ce n'étaient pas des éléments de preuve.» La police cantonale se refuse à tout commentaire tandis que la police fédérale rappelle qu'en matière d'extrême droite, «nous ne surveillons en principe pas les particuliers mais des événements». En dépit de lourds indices, M. a donc eu droit à une «deuxième chance». Le 27 janvier, il était de ceux qui ont sauvagement tué Marcel von Allmen.