Nessim Gaon, promoteur naguère à succès, aujourd'hui en difficultés financières, intéresse beaucoup les journalistes mais n'apprécie pas toujours l'image que ces derniers donnent de lui. Après avoir perdu, en novembre 1997, un procès intenté à la Tribune de Genève, il vient de remporter une victoire, au moins morale, contre L'Hebdo. Pour cinq articles consacrés au financier au printemps 1995, l'ex-rédacteur en chef et deux journalistes du périodique ont été condamnés par le Tribunal genevois de première instance à lui verser ensemble 10 000 francs de dommages et intérêts. C'est beaucoup moins que la somme réclamée par le promoteur – 200 000 francs – mais ce dernier dispose désormais d'un jugement long de 80 pages précisant tout ce qu'il est déconseillé de dire à son sujet. L'Hebdo est également condamné à faire mention du jugement dans ses pages.

Les articles litigieux font état de différentes accusations qui ont été faites contre le promoteur: il aurait obtenu des passe-droits de la part des autorités genevoises, n'aurait pas tenu ses engagements à leur égard et à celui de ses fournisseurs et serait le principal responsable de la rupture de contrat qui vaut à la compagnie Noga d'importation et d'exportation d'être en cessation de payements depuis plus de trois ans.

Ces accusations, estime le juge, n'ont pas à être reproduites car elles ne sont nullement établies. Il est également fait grief aux journalistes d'avoir qualifié le promoteur de «broker de grands chemins». Dire du mal de quelqu'un ne constitue pas forcément une atteinte illégale à sa personnalité. Il faut encore que cette atteinte intervienne sans justification. Le droit du public à être informé peut constituer une justification au travail d'un journaliste. Mais cette justification n'existe pas pour des informations inexactes. Dès lors que l'image défavorable donnée du promoteur par l'Hebdo reposait en partie sur des allégations non prouvées ou une interprétation jugée tendancieuse de faits établis, la condamnation des journalistes s'imposait. A la différence de ce qui se serait passé dans une procédure pénale, ces derniers n'avaient pas la possibilité de tirer leur épingle du jeu en démontrant qu'ils avaient travaillé dans les règles de l'art. En outre, ils étaient comptables non seulement des atteintes portées à l'honneur personnel de Nessim Gaon mais également des allégations ou des appréciations de nature à ternir sa réputation professionnelle. L'Hebdo a renoncé à appeler de ce jugement, qui est devenu exécutoire.