La RATP réclamait 922 000 euros de dédommagement: elle en obtient seulement 12 800. Le Tribunal de Paris a condamné mercredi neuf militants «anti-pub» (sur une soixantaine qui étaient poursuivis) à payer à la Régie autonome des transports parisiens des dommages-intérêts dont le montant s'échelonne de 400 à 2000 euros par personne, pour «dégradation d'affiches dans le métro parisien» (LT du 11.03.2004).

La RATP, à l'inverse, a été condamnée à verser des frais de justice de 400 euros à un jeune homme qui avait porté plainte après avoir été agressé par un agent de la RATP lors de son interpellation.

Les neuf condamnés avaient été arrêtés lors de quatre «opérations commandos», menées entre novembre 2003 et février 2004. À quatre reprises, les anti-pub avaient, au cours de la nuit, barbouillé des milliers d'affiches (13 800 très précisément, selon la RATP) dans le métro parisien. Certaines affiches avaient été rendues illisibles, taguées ou barrées de noir, ou avaient vu leur message détourné. But de telles opérations: protester contre l'omniprésence de la publicité dans les lieux publics. Soutenus par certains mouvements d'extrême gauche ou par les écologistes, les militants anti-pub se réclament non du folklore ou de la petite délinquance, mais de l'altermondialisme, de l'anarchisme ou du syndicalisme étudiant.

Ils avaient aussi reçu le renfort, lors de l'audience de justice du 10 mars, de l'ex-publicitaire Frédéric Beigbeder, qui avait déclaré en toute simplicité: «Goebbels est l'inventeur de la publicité moderne.» Les militants avaient mis en avant des auteurs plus respectables comme Beckett: «A force d'appeler ça ma vie, je finis par le croire. C'est le principe de la publicité.»

Les deux parties se sont déclarées satisfaites du jugement: «Décision excellente» pour Agnès Peeters, l'avocate d'une cinquantaine des soixante militants poursuivis. «Victoire» selon l'avocat de la RATP, Me Jacques-Henri Kohn.

Juste avant le procès, la RATP avait décidé de mettre les panneaux d'une station de métro à la disposition des voyageurs pour qu'ils donnent libre cours à leur défoulement artistique… ou à leur colère. Mais l'expérience a tourné court et les militants, qu'ils aient été condamnés ou non hier, continuent de demander une réglementation pour que cesse ce qu'ils appellent «le harcèlement des citoyens» par la publicité.