L'épidémie de la nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (nvMCJ) progresse lentement mais sûrement. Le nombre de décès au Royaume-Uni qui lui sont attribués a augmenté d'un tiers par année entre 1995 et 2000 pour atteindre un total de 69 le 30 juin dernier. Ces chiffres proviennent d'une étude réalisée par des chercheurs britanniques et publiée dans la revue The Lancet du 5 août. Malgré une forme en dents de scie, la courbe des morts semble donc suivre une tendance inexorablement à la hausse. Même si le nombre de cas reste très bas et qu'il est impossible de savoir combien de temps l'épidémie évoluera de la sorte, les auteurs de l'article estiment que cette augmentation annuelle est préoccupante.

«Durant les six premiers mois de l'an 2000, 14 personnes ont déjà succombé à la maladie, écrivent les chercheurs. Ce qui est beaucoup comparé aux 18 décès qui ont eu lieu durant toute l'année 1998. On peut être tenté de croire que l'amélioration des moyens de dépistage explique l'augmentation de l'incidence d'une maladie. Toutefois, la très large publicité qui a été faite autour de la nvMCJ dès qu'elle a été identifiée en 1996 rend une telle interprétation de nos résultats peu plausible.»

En fait, l'année 1999, avec seulement 14 décès, avait fait naître l'espoir que l'épidémie commençait déjà à s'essouffler. Pour en avoir le cœur net, les chercheurs ont alors découpé les années en trimestres pour obtenir une image plus fine de l'évolution de la mortalité (voir le graphique). Cette opération révèle deux choses: les trois derniers mois de 1998 représentent une exception puisqu'ils cumulent à eux seuls 12 décès; la tendance générale de la courbe est clairement dirigée à la hausse.

Le Royaume-Uni est de loin le pays le plus touché par la nvMCJ. Depuis 1995, on y a identifié 75 cas. Seuls six de ces malades étaient encore en vie fin juin. En France, la maladie n'a fait qu'une seule victime. L'agent responsable de l'affection, une protéine particulière appelée prion, est identique à celui qui provoque l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), aussi appelée maladie de la vache folle. On suspecte donc que cette dernière s'est transmise à l'homme par le biais de la consommation de viande contaminée. Les chercheurs pensent que le prion passe de l'estomac de l'homme à son cerveau en empruntant les voies du système lymphatique. Une fois dans le système nerveux central, les prions pathogènes s'agglutinent et détruisent les neurones, ce qui provoque à coup sûr une démence, puis la mort.

On ignore l'ampleur de l'épidémie de la nvMCJ. Le temps d'incubation, durant lequel on ne détecte pas la maladie, peut durer dix, vingt, trente ans ou plus, ce qui rend toute estimation hasardeuse (lire ci-contre). Récemment, le gouvernement britannique a annoncé avoir ouvert une enquête sanitaire à Queniborough, une bourgade du centre de l'Angleterre, où pas moins de cinq cas de la nvMCJ ont été recensés en deux ans. Les chercheurs espèrent tirer plus d'informations sur les caractéristiques épidémiologiques de la maladie à partir de ce laboratoire providentiel, limité dans le temps et dans l'espace.

Si l'épidémie de la nvMCJ échappe encore au contrôle des scientifiques, celle de l'ESB devrait pouvoir être maîtrisée dans un avenir proche. La Suisse fait d'ailleurs figure de pionnier en la matière. Depuis qu'elle a mis en place, le 1er janvier 1999, un programme de surveillance efficace des animaux menés à l'abattoir – grâce notamment au test de dépistage de la firme zurichoise Prionics –, elle s'attend à éliminer quasi totalement la maladie d'ici à 2005. La France a décidé de suivre la même voie cette année

en adoptant le même test de dépistage.