Non, les émotions ne sont pas «un truc de filles»

Lectures Un livre s’attache à «dissiper les malentendus émotionnels hommes-femmes»

Un homme manifeste de la colère parce qu’il vient de se faire emboutir sa voiture: quoi de plus normal, cet incident malheureux s’ajoute à une journée déjà difficile. La faute au contexte.

Une femme manifeste de la colère dans la même situation: c’est vraiment une hystérique. La faute à sa personnalité.

Les stéréotypes ont ceci de formidable qu’ils sont souvent autoréalisants, démontre Stéphanie Hahusseau, médecin psychiatre et psychothérapeute à Toulouse, dans son dernier livre intitulé Un homme, un vrai. Tant que l’on continuera à élever les petites filles dans la croyance que leurs émotions sont fondamentalement liées à leur nature, et les petits garçons dans celle que les émotions, c’est «un truc de filles», hommes et femmes sont voués à se gâcher l’existence, affirme cette spécialiste des émotions. Or, «le développement du langage émotionnel est assimilable à l’apprentissage d’une langue étrangère». Au départ, c’est une faculté également distribuée entre les sexes. Puis des sillons qui se creusent dans le cerveau dès le plus jeune âge.

Parce qu’ils n’ont jamais appris à les identifier ni à les exprimer convenablement, les garçons, puis les hommes, étouffent leurs émotions, n’en manifestant plus qu’un spectre réduit à celles qui sont qualifiées de viriles. Principalement, la colère. Les femmes, elles, ont intériorisé l’idée que les émotions sont de leur registre exclusif, et se laissent enfermer dans un rôle social, celui du soin aux autres, de l’empathie et de la gestion familiale, pour lequel elles ne sont, pas plus que les hommes, programmées par nature.

Desservi par sa couverture

C’est une sorte de cercle vicieux que décrit l’auteure. Parce qu’ils ont appris à taire leurs émotions, les hommes sont considérés comme naturellement rationnels et constants. Tandis que les femmes, qui ont simplement appris à les identifier et à les gérer, sont généralement qualifiées d’instables, et donc indignes de responsabilités politiques ou économiques.

Le livre de Stéphanie Hahusseau est complètement desservi par sa couverture. Illustré comme un guide de développement personnel sur l’amour, et portant un titre d’autant moins explicite qu’il colle mal avec l’illustration, ce livre se révèle pourtant être une bonne surprise. D’abord parce que toutes ses démonstrations s’appuient sur un grand nombre de références scientifiques. Ensuite, parce qu’il est sincère, incarné, et qu’à aucun moment on n’oublie que l’auteure est une personne de chair, qui ne cache pas sa subjectivité.

Des qualités qui peuvent faire pardonner ses défauts, au premier rang desquels cette manie de terminer chaque deuxième paragraphe sur un ton un peu militant-entre-copines. Ce ton qui, justement, fera que les hommes à qui le livre est censé s’adresser aussi, et peut-être même en priorité, auront du mal à le prendre au sérieux.

Influences sur la santé

C’est d’autant plus dommage que, à en croire Stéphanie Hahusseau, l’éducation aux émotions, la conscience de ce que l’on éprouve, n’est pas seulement un enjeu de couple, mais aussi de santé personnelle: «L’absence de régulation émotionnelle adéquate aggrave les troubles cardio-vasculaires, génère une baisse de l’immunité, est à l’origine de troubles psychiques et de désordres mentaux, prolonge les douleurs chroniques et les durées d’hospitalisation, fait le lit des toxicomanies, de l’alcoolisme, de l’obésité et de la surcharge pondérale. Le pronostic des maladies somatiques est obéré, les réponses aux traitements sont moins bonnes. La répression des émotions grève le fonctionnement cardio-vasculaire et neurologique, réduit les facultés de mémorisation, d’attention, l’empathie et le niveau de santé globale.» A bon entendeur.

Un homme, un vrai. Dissiper les malentendus émotionnels hommes-femmes. Stéphanie Hahusseau. Ed. Odile Jacob.