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Les nouveaux codes

Nos gestes écocitoyens suffiront-ils?

Tendance «zéro déchets», achats en vrac ou potagers urbains: les initiatives individuelles pour préserver l’environnement se multiplient. Une goutte d’eau dans l’océan?

Droit de vote, service militaire, recyclage, engagement politique ou encore bénévolat: il y a mille manières de s’impliquer dans la société. Mais comment exerce-t-on sa citoyenneté aujourd’hui? Existe-t-il encore une citoyenneté commune? Face à un besoin d’action concrète, l’écologie devient un terrain d’expérimentation où l’initiative individuelle ou en petit collectif est valorisée dans différents domaines du quotidien: consommation, mobilité, énergie.

Ces dernières semaines ont vu fleurir les sapins de Noël durables, les cartes de vœux électroniques ou encore les cadeaux de seconde main. Autant d’initiatives qui visent à réduire l’empreinte écologique du consommateur lambda. Loin de se limiter aux festivités de Noël, la tendance s’observe tout au long de l’année. Dans la vague «zéro déchets», dans l’émergence des magasins qui propose des produits en vrac ou encore chez ces écolo-féministes qui renoncent à faire des enfants pour alléger leur bilan carbone. Préserver l’environnement: le message vient aussi titiller le «citoyen global» sur grand écran. L’engouement pour le film «Demain» ou pour le documentaire «Before The Flood», réalisé par Leonardo DiCaprio, le confirme.

Ici et maintenant

«L’écologie a rétrogradé dans les préoccupations avec la crise économique de 2008 et l’échec du Sommet de Copenhague sur le climat, en 2009, estime Jacques Mirenowicz, rédacteur en chef de LaRevueDurable. Depuis deux-trois ans, il perçoit cependant un regain d’intérêt. «Les actions individuelles sont valorisées. Cela peut prendre la forme d’une participation à un jardin potager communautaire, un choix de mobilité douce ou de consommation locale, par exemple.» Pour sauver la planète, autant donc commencer chez soi.

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«Par rapport aux années 1960 où les mouvements écologistes radicaux formulaient des demandes à l’Etat, on observe un changement de paradigme», analyse Romain Felli, maître-assistant à l’Institut d’études politiques, historiques et internationales de l’Université de Lausanne. «En l’absence d’un projet politique de grande ampleur, ceux qui le souhaitent tentent d’agir à leur niveau dans leur vie de tous les jours. Et l’Etat les y encourage à travers l’instauration de normes morales implicites. Sous-entendu, un bon citoyen trie ses déchets, recycle le papier, et consomme local.» «Refuse, Reduce, Reuse, Recycle»: le mantra de la Française Bea Johnson, fer de lance de la tendance «zéro déchets», fait partie intégrante de ce mode de vie sain 2.0.

Incohérences du système

Dès lors que l’alternative passe par un choix de comportement ou de consommation, les responsabilités sont déplacées sur le consommateur. «On rend responsable celui qui est en bout de chaîne, alors qu’il a en réalité très peu d’impact, poursuit Romain Felli. C’est l’incohérence d’un système qui privilégie un type de croissance économique engendrant une grande pollution, mais tente dans le même temps d’encourager un mode de vie durable.» Lorsque vous apportez votre récipient recyclable au traiteur du coin ou que vous fabriquez votre liquide vaisselle, êtes-vous en train de prêcher dans le désert? «De telles actions sont très importantes, mais si l’on cherche à agir pour le bien de la planète, elles ont bien sûr une portée très limitée et d’autres actions à d’autres niveaux sont nécessaires», ajoute Jacques Mirenowicz.

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«L’essor des petits collectifs, l’envie de faire sens à plusieurs, la coopération, la modification des comportements d’achat: tout ceci existe», reconnaît Dominique Bourg, professeur ordinaire à la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne. Mais à ses yeux, le vrai défi en termes de transformation de la société actuelle c’est, outre le marché mondial, la fragmentation. «La conscience commune a disparu, on est face à des citoyennetés très éclatées qui demeurent dans un enfermement cognitif et informationnel. Chacun reste dans sa bulle: le téléspectateur de Fox News ne regarde rien d’autre; sur le Web, les moteurs de recherche vous ramènent à vos préférences. Résultat: «le poids des initiatives de chacun reste limité».

Marqueur social

C’est pourtant sur la Toile que la mouvance écolo trouve un nouveau souffle. En matière de gaspillage alimentaire par exemple, le hashtag #CaSuffitLeGachis regroupe trucs et astuces pour revisiter les restes et sauver les fonds de frigos. Sur Twitter ou Instagram, le sentiment d’appartenir à une communauté génère un engouement sans limites. Concentrer ses déchets annuels dans un petit bocal en verre est perçu comme un exploit. Peut-être parce que le Web encourage l’effet domino et décuple la visibilité de chaque effort, aussi modeste soit-il. Faire état de ses bonnes habitudes écologiques est devenu un marqueur social important. Mais cela suffira-t-il à inverser la tendance?


Leur vision de la citoyenneté

Promouvoir le «fait maison»

Charlotte Chenu, 26 ans, Genève

«Je travaille dans une association qui promeut l’innovation dans les sciences de la vie. Pour moi, la citoyenneté c’est avant tout la responsabilité de chacun vis-à-vis de l’environnement. Avec une amie, on a lancé un projet de sensibilisation, principalement sur les réseaux sociaux et sur notre site Web: www.videco.ch. Depuis le mois de décembre, on diffuse des vidéos de trucs et astuces, de bons réflexes que l’on peut appliquer au quotidien pour réduire son empreinte écologique. En fabriquant son propre dentifrice, ses crèmes ou ses lessives, en recyclant des habits usagers en chiffons de nettoyage, on gagne du temps et de l’argent. L’esprit do-it-yourself est très présent dans notre démarche, mais nous relayons aussi des produits innovants après les avoir testés: gourdes écologiques, bières artisanales ou capsules de café biodégradables. En partageant des gestes simples mais concrets, on s’engage tout autant qu’en votant. Un petit acte écocitoyen peut avoir un impact à grande échelle.»

Refuser le consumérisme

Michael Debétaz, 27 ans, Genève

«Ma citoyenneté, je l’exerce au service de la communauté. Tout comme les autres jeunes de ma génération, je suis peu sensible aux déclarations abstraites des politiques et je préfère m’investir dans des projets d’action concrets. En tant que consommateur, je valorise particulièrement la dimension éthique des biens que je consomme (fair trade, bio, local, de saison, transparence…). C’est pourquoi j’ai tout plaqué pour me lancer dans la promotion d’une meilleure façon de consommer en Suisse. Je pense que notre société doit s’extraire de la logique consumériste dans laquelle elle est empêtrée, non seulement pour la planète, mais aussi pour le respect de l’homme en général. À mes yeux, ce n’est qu’en multipliant ce genre d’actions que nous pourrons, à notre échelle, avancer vers une société plus durable. Au-delà de l’action, je pense également qu’il est notre devoir citoyen de cultiver un certain recul face au système dans lequel nous sommes, afin de pouvoir, au final, s’en libérer.»

Agir en citoyen global

Francis Allan, 22 ans, Genève

«Etre un bon citoyen passe par une multitude d’actions. C’est d’abord s’occuper de son entourage immédiat et faire preuve de bonté envers les personnes que l’on croise dans le bus, les vendeurs, nos voisins, nos collègues. C’est aussi prendre soin de notre environnement, éviter de faire trop de bruit, de prendre trop de place inutilement, ne pas salir les rues, recycler ses déchets. Dans les gestes du quotidien, il faut élargir le spectre et penser son action en tant que citoyen global. Se préoccuper du devenir de son quartier, de sa ville, de sa région, de la Suisse et même de l’Europe et du monde. Mais aussi discuter des problèmes, voter, s’engager en faisant des actions ponctuelles (réunions de quartier ou de parents, visites aux personnes âgées, cours de français aux migrants, dons d’argent pour la culture) ou sur une plus longue durée: action individuelle répétée, engagement dans une association d’utilité publique, engagement en politique.»

S’engager collectivement

Victor Kristof, 27 ans, Genève

«J’exerce ma citoyenneté à trois niveaux. Sur le plan politique, j’ai rejoint l’association «Swiss Youth for Climate» qui organise des événements de sensibilisation aux changements climatiques. Je suis également de près les conférences de l’ONU sur le climat. L’enjeu est de faire une place à la jeunesse dans le débat politique national et international pour les questions climatiques. Un engagement collectif que j’associe à un acte individuel. Voter reste un droit que chacun peut exercer pour tenter de faire pencher la balance. Je m’intéresse notamment aux votations fédérales de l’an prochain touchant la stratégie énergétique. Au quotidien, certains gestes comme le recyclage ou la mobilité douce sont bien ancrés, mais d’autres réflexes anéantissent ces efforts. Les allers retours shopping à Barcelone ou Londres par exemple. Consommer local et de saison, éviter la viande rouge, mettre un gros pull au lieu de surchauffer son logement en hiver: ces petits gestes ont leur importance. Si on attendait d’avoir un impact majeur pour agir, on ne ferait plus rien.»


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