Saveurs du français

Nourricerie, chambre des futurs papillons

S’agissant de la construction du mot, il n’y a pas de quoi en faire tout un plat. La «nourricerie» découle de la fonction, et son mot de «nourrice». Elle est elle-même façonnée depuis les notions latines nutricia, au féminin, et nutricius, autant de vocables renvoyant à l’idée d’une personne «nourricière». C’est le sein qui ravitaille et apaise le nourrisson. Mère de substitution, au moins pour le lait, la nourrice est qualifiée et même enfermée dans sa propre désignation; elle nourrit, voilà tout.

Sauf que le sens même de «nourrir» n’est pas si intestinal. Le verbe s’élargit aussi dans le sens de la formation, l’éducation, ce qui excède l’ordinaire sustentation.

La nourricerie est la pièce des enfants. On a glissé du sein à la fonction et, à présent, à l’espace: la chambre où les bambins sont couchés, nourris, et peut-être éduqués dans les premiers temps. L’anglais reprendra l’idée de manière littérale, avec la nursery: là aussi, la dame de fonction donne le nom de la pièce.

En préparant cette dernière semaine de nos petites saveurs, qui seront dédiées à l’alimentation, on apprend que le mot «nourricerie» a été débauché durant le XIXe siècle par l’agriculture, afin de pointer la salle où l’on engraisse les bestiaux. Tout de suite, c’est plus brutal. Mais la langue sait toujours évoluer, puisque le même terme nomme le lieu où les spécialistes aux fines mains élèvent les vers à soie. Faisant songer à la coque puis au précieux tissage, le mot retrouve sa dimension d’origine, avec les promesses des plus jeunes. Joli parcours, avant l’envol.