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#NousToutes, des femmes toujours en colère

Le 8 octobre 2018, 600 femmes francophones appelaient à se mobiliser contre les violences sexuelles et sexistes. Un an plus tard, le combat continue avec des rassemblements prévus ce samedi à travers le monde. Retour sur la genèse et l’évolution du mouvement #NousToutes

«Nous marcherons le 24 novembre pour dire haut et fort que nous voulons en finir avec toutes les violences sexistes et sexuelles.» Par ces mots, quelque 600 artistes, auteures, journalistes et militantes féministes lançaient le 24 novembre 2018, dans une tribune, un appel à manifester contre les violences sexistes et sexuelles. Le rassemblement intervenait le week-end précédant le 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence faite aux femmes. «Les gens se souviennent de la date du 8 mars [Journée du droit des femmes, ndlr], mais bien moins de celle du 25 novembre», rappelle la militante féministe Caroline de Haas, l’une des principales instigatrices du collectif.

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Près de 60 000 personnes avaient répondu présent aux quatre coins de l’Hexagone, mais aussi à Genève et à Lausanne. Le mouvement #NousToutes faisait alors ses premières armes. «Le point de départ de #NousToutes était de faire ressortir la colère de centaines de milliers de femmes qui, quelles que soient leurs différences ou les inégalités qui les touchent, partagent toutes un point commun, celui d’avoir été victime de violences», résume Caroline de Haas.

Des réponses politiques

Pour les 600 signataires de la tribune, le constat était évident. Il fallait, dans le sillage du mouvement #MeToo, rendre compte de la prise de conscience autour des violences faites aux femmes qui vont de la remarque sexiste au meurtre, en passant par la violence conjugale ou le viol et réclamer une réponse adéquate des pouvoirs publics. «On ne peut pas d’un côté dire que les violences vont s’arrêter et, de l’autre, ne pas faire en sorte qu’elles s’arrêtent. Les sanctions sont déterminantes, mais pas suffisantes», détaille Caroline de Haas.

En Suisse, l’initiative lancée par #NousToutes avait trouvé un large écho à Genève et à Lausanne. Anne-Claire Adet, codirectrice du festival Les Créatives, était elle-même l’une des signataires de la tribune. «Dans le cadre de cette marche, nous devions unir nos forces. Nous avions contacté les organisatrices françaises pour figurer dans la liste des manifestations prévues», se souvient-elle.

136 femmes mortes assassinées par leur conjoint

Si #NousToutes ne dispose aujourd’hui d’aucun statut juridique, le mouvement s’organise avec une précision quasi militaire. L’année passée déjà, les différentes organisatrices avaient répertorié grâce à une carte interactive les différents lieux de manifestation en France et en Suisse. Cette année, 70 marches sont prévues en Ile-de-France, 70 groupes WhatsApp ont donc été créés pour coordonner le départ des différents cortèges.

Les activistes s’investissent tout au long de l’année pour la cause féministe par le biais de récoltes de fonds ou de l’organisation de conférences. En septembre dernier, une centaine de militantes du collectif se sont rassemblées place du Trocadéro à Paris pour dénoncer «le 100e féminicide de l’année». Depuis le 1er janvier, le collectif publie sur les pages de ses différents réseaux sociaux un comptage des femmes tuées par leur compagnon. Le dernier est effarant. «En date du 16 novembre 2019, depuis le 1er janvier en France, 136 femmes sont mortes assassinées par leur conjoint ou leur ex-conjoint.»

Nous toutes et tous?

La manifestation qui aura lieu ce samedi a pris en compte de nouveaux enjeux, et notamment celui de la non-mixité. Des espaces consacrés aux femmes ont été prévus afin que «les victimes de violences sexistes et sexuelles ne se sentant pas en sécurité dans des environnements de promiscuité avec des inconnus puissent s’exprimer librement et être présentes sereinement» lors de la marche.

Et pour ceux qui reprocheraient au collectif français un manque d’inclusivité dans sa terminologie même, l’activiste féministe Caroline de Haas a des arguments: «Pour une fois que le féminin l’emporte, je pense que les hommes s’en remettront. Tout le monde est bienvenu, ce n’est pas parce que l’on parle au féminin que tous les autres sont exclus.»

Ambitions internationales

Ce samedi à Lausanne, un rassemblement aura lieu place de la Riponne. «Depuis trois ans, on assiste à une prise de conscience générale et internationale. Que ce soit en Espagne, contre les violences machistes, ou en Amérique du Sud, où les femmes se battent pour la légalisation de l’IVG», rappelle Maria Pedrosa, membre du collectif de la grève des femmes dans le canton de Vaud.

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«Le lien qui nous unit, c’est cette journée internationale. On se tient au courant de ce qu’on va faire. La France va surtout marcher contre la thématique qu’elle porte sur le féminicide. Ici, dans le canton de Vaud, l’idée est de visibiliser ces thématiques et cette violence très présente en Suisse. Il faut briser les silences individuels, collectifs et institutionnels.»

Dans le cadre du festival Les Créatives, une conférence sera organisée le lundi 25 novembre «pour en finir avec les violences faites aux femmes» à l’Alhambra, avec la participation d’activistes internationales et locales. «Cet événement se veut comme un statement, mais c’est aussi un espoir. On se doute bien que l’on n’arrivera pas à tout résoudre avec une table ronde, mais ça nous paraît important de maintenir la pression en permanence sur ces questions-là, car cela permet de faire bouger les choses», assure Anne-Claire Adet. Un rassemblement de solidarité internationale sera organisé le même jour sur la place des Nations.

«L’objectif pour l’année prochaine serait de connecter différents mouvements internationaux. J’ai cru comprendre que les Suissesses allaient remettre la grève sur la table en 2020. Ce serait génial de travailler ensemble», conclut Caroline de Haas.

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