Éros et Controverses

Nouvelle année, l’heure du bilan sexuel a sonné!

CHRONIQUE. Ces dernières années, nos sexualités ont été bousculées par l’actualité. Les débats de société ont profondément remis en cause nos habitudes quotidiennes et nos réflexes millénaires – pour le meilleur, estime notre chroniqueuse Maïa Mazaurette

Parce que la sexualité fait partie de nos vies mais qu'elle reste pourtant taboue, «Le Temps» inaugure un nouveau rendez-vous: deux fois par mois, la chroniqueuse et journaliste Maïa Mazaurette donnera son point de vue sur un sujet d'actualité.

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Un bilan sexuel: franchement, qu’est-ce que les médias n’iraient pas inventer pour faire cliquer sur un article? Cette idée contredit notre idéal de la sexualité: un espace où les performances sont élastiques, où on ne comptabilise pas, où les barèmes n’ont aucun sens.

Et pourtant, en cette fin d’année, vous aurez droit aux meilleurs films des années 2010, aux pires scandales, aux plus beaux gestes sportifs. Autant de domaines tout aussi subjectifs et inquantifiables. C’est bien que la sexualité, et seule la sexualité, semble devoir échapper à notre jugement.

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Sauf que refuser d’appliquer notre intelligence à tel ou tel sujet constitue toujours une défaite – de la pensée au moins, des pratiques peut-être. Et puis l’esquive est impossible. Nos sexualités ont été bousculées, secouées… et nous en avions bien besoin.

Consentement et interrogations

La décennie écoulée a profondément remis en cause nos habitudes quotidiennes et nos réflexes millénaires: les théories du genre nous ont fait douter de l’existence d’absolus féminins et d’éternels masculins, les débats autour du consentement nous poussent à interroger les non-dits de notre chambre à coucher, la montée en puissance de la pornographie dans la jeunesse (et son succès chez les adultes) nous déconcerte. A quoi ressemble une sexualité éthique, et comment se fait-il que nous échouions à en proposer des modèles? Pourquoi certains grincent-ils des dents en lisant la phrase précédente, en estimant que la sexualité et l’éthique sont inconciliables? Pourquoi aurions-nous des valeurs partout sauf au lit? Au fait, à qui profite une sexualité sans éthique?

Un bilan sert à tirer des conséquences et implémenter des solutions. Tant mieux. Car si nos débats sont voués à rester virtuels, MeToo n’aura servi à rien. Si nous estimons que le harcèlement et les enjeux de pouvoir sont le propre des «autres» (des hommes stupides ou méchants, des femmes faibles ou «à moitié coupables»), alors MeToo est à refaire. Et si vous n’avez pas eu de conversation sur le consentement ou la prise d’initiative sexuelle, dans votre couple, on est à deux doigts de l’acte manqué.

Car le bilan sociétal ne suffit pas: il exige un bilan individuel. La société, c’est nous. Et si les fêtes de fin d’année constituent une parfaite occasion de faire le point, c’est parce que nous avons tendance à attendre les périodes de crise pour parler de ce qui fonctionne, ou de ce qui ne fonctionne pas. En sexualité nous oublions de dire merci, comme nous rechignons à dire «ça suffit». Ces silences créent des tensions parfaitement évitables.

La routine peut déraper

Le bilan n’a pas besoin d’être comptable. Une simple conversation suffit. Et si vous en doutez: bien sûr qu’on a des choses à se dire. Les goûts évoluent, les fantasmes changent. Nos préférences sont inspirées par une culture constamment réinventée, modifiées par un corps qui se fatigue ou qui retrouve une seconde jeunesse. La forme même de la sexualité se métamorphose: alors que la pénétration vaginale reste la norme, elle s’augmente actuellement d’autres possibilités (via le développement des sex-toys, le retour en grâce du clitoris, la pénétration des hommes par les femmes, etc.).

Peut-être que votre sexualité personnelle fonctionne (mais vu les chiffres de la simulation, ça vaut la peine de poser la question avec humilité). Peut-être n’avez-vous pas «besoin de ça». Très bien! Un bilan peut être positif. Mais attention: c’est justement chez les couples qui estiment connaître l’autre sur le bout des doigts qu’on a tendance à «solidifier» son répertoire sexuel. Mieux ça marche, moins on change le menu. Or cette routine ne contamine pas que la libido: elle peut déraper sur les sentiments amoureux.

En cette saison des Fêtes, nous portons un soin particulier à nos liens affectifs. En ce changement de décennie, nous nous demandons que faire du temps qui passe. A ce titre, le bilan sexuel n’est pas absurde. Il est logique.


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