Bâle est une ville de tolérance et d'ouverture. Responsable des questions d'intégration, Thomas Kessler présente la cité rhénane comme un modèle. Le projet d'initiative du Parti bourgeois (PBS) sur le port du voile est donc promis à l'échec, estime le représentant du canton. Ce parti dissident de l'UDC cantonale veut en effet interdire le foulard aux employées du service public et aux personnes accréditées d'un mandat public. Et cela au moment où le sujet du voile sur le lieu de travail rejaillit avec les esquisses de décisions prises par Migros. A Bâle, ce projet baigne dans le contexte des élections cantonales qui se terminent le week-end prochain. Mais il y a aussi le cas de cet imam fondamentaliste encouragé à quitter la Suisse pour avoir défendu le châtiment corporel de l'épouse dans une école coranique. Et puis, très gênante aux yeux de certains du PBS, il y a cette candidature au législatif, sous l'égide du PDC, de la musulmane pratiquante Kadriye Koca-Kasan. Elle a obtenu plus qu'un succès d'estime lors du premier tour.

L'histoire n'est pas vraiment nouvelle. Au début de l'automne, un représentant du même parti, Abdul R. Furrer, avait déposé une motion exigeant l'interdiction de tout symbole religieux au sein des Chambres politiques. Refusée mercredi, la motion a fait germer l'initiative, cette fois-ci lancée par le groupe. Pour répondre à «l'invasion prévisible au Grand Conseil – et confirmée par les élections – de Suisses d'origine turque». Aux yeux d'Abdul Furrer, le foulard est un «symbole» du fondamentalisme islamique. Malgré son prénom, il se défend de toute marque d'appartenance religieuse.

Coup publicitaire?

D'abord représentants de l'UDC cantonale, les six actuels parlementaires du PBS ont décidé de faire bande à part. Les propos plutôt directs et agressifs de la présidente UDC cantonale Angelika Zanolari ne convenant plus à leurs convictions. Du côté des idées, on garde des signes de parenté, estime Furrer. Si sa motion n'a pas reçu l'aval nécessaire, «elle qui s'en prenait à tous les symboles religieux», il est convaincu du succès de l'initiative. Du moins au niveau des 4000 signatures à récolter. Pour Thomas Kessler, ce projet est un coup publicitaire que la population ne prendra certainement pas au sérieux. A Bâle, la communauté turque est importante; et les autorités estiment entretenir de bonnes relations avec tous les groupes religieux. «Je crois que cette démarche est contre-productive et n'apportera rien», soutient pour sa part la candidate PDC Kadriye Koca-Kasan. «Et on peut se demander où se situe le respect de la démocratie.» La Chancellerie a donné son feu vert à la suite d'un examen formel. La considération juridique sera faite ultérieurement avant que le Grand Conseil ne se prononce sur le sujet.