Le Temps: Dans l'histoire de l'aviation européenne, y a-t-il eu des projets de voiture-avion?

Henry Wydler: Je ne pense pas qu'il y ait eu en Europe des expériences similaires à celles menées aux Etats-Unis. Il y a plutôt eu des tentatives approchantes, comme le Pou-du-ciel d'Henri Mignier, dont le Musée des transports possède deux exemplaires. Conçu pour être même remorqué par une moto, et assemblé très vite, ce petit avion des années trente voulait rendre l'aviation accessible au plus grand nombre. De même, l'ancêtre de l'hélicoptère, l'autogire de l'ingénieur espagnol Juan de la Cierva, était conçu pour décoller et atterrir sur très peu d'espace. Et, au tout début de leur développement, les hélicoptères entendaient répondre à des besoins de transport individuel.

– Quel regard jetez-vous sur les nouvelles tentatives américaines?

– Elles relèvent, selon moi, de l'utopie, au moins pour deux raisons. Il y a d'abord les contraintes légales engendrées par l'utilisation par les masses d'un nouveau moyen de transport dans un nouveau milieu. Pensez aux voitures amphibies. Ce n'est pas leur technique, voire leur principe même qui en freinent le développement, mais bien les obstacles légaux auxquels elles sont sans cesse confrontées.

– Et la seconde raison?

– Elle est immanente à tout système hybride. En l'occurrence, si vous combinez les avantages d'un mode de transport avec les qualités d'un autre mode de transport, vous n'aurez pas une simple addition de bénéfices. L'un des deux systèmes a toujours tendance à annihiler les effets positifs de l'autre. Les avantages de l'un sont freinés

par l'autre, qui joue un rôle de lest. Sur le papier, unir l'automobile et l'avion est une idée fantastique, mais je crains qu'elle ne soit qu'une voie sans issue.