Après plus de trois ans de débats houleux, les députés néo-zélandais ont voté, un projet de loi légalisant la prostitution. Les élus ont bataillé dans l'hémicycle pendant 415 heures avant de finalement s'entendre.

La nouvelle loi met fin, selon son promoteur, le député travailliste Tim Barnett, à une législation hypocrite qui autorisait la création de salons de massage utilisés comme de véritables maisons closes.

Les opposants au texte estiment que la nouvelle loi risque de provoquer la multiplication de ces maisons. Scott McMurray, de l'Institut Maxim, craint que son pays subisse le même phénomène que l'Australie. Où, depuis la dépénalisation de la prostitution, le nombre de maisons closes a plus que triplé. L'association estime que les 500 maisons closes de cet Etat fourniraient du travail à près de 10000 prostituées.

«Texte anti-femme, anti-famille»

«Cette loi dit que c'est O.K. d'acheter et de vendre du sexe, et que c'est O.K. que des hommes exploitent des femmes et des enfants vulnérables», se plaint Greg Fleming, le directeur général de l'Institut Fleming. «Ce texte est anti-femme, anti-famille et ne fera rien pour éliminer les dommages psychologiques qui sont infligés à toutes les prostituées. Le parlement a donné à la communauté un message clair qui dit qu'il est acceptable pour une femme de vendre son corps», ajoute Ken Orr, le porte-parole du bureau néo-zélandais de l'association Le Droit à la Vie.» L'évêque Richard Randerson, qui dirige un groupe de religieux opposés au projet de loi, juge que le texte va provoquer une hausse de la demande des clients. Certains députés n'ont pas non plus mâché leurs mots pour faire entendre leur mécontentement. «La prostitution n'est rien d'autre qu'un viol payé», estime ainsi Nick Smith, un élu conservateur

Certains professionnels kiwis du sexe semblent accueillir avec une certaine prudence une loi qui va pourtant leur permettre de travailler plus librement. Ils craignent l'arrivée de filles étrangères chez les moins scrupuleux de la profession et la restriction des moyens d'intervention, en cas de trafic de drogue par exemple, qui aura pour conséquence un durcissement du milieu.

Certaines professionnelles ne voient pas non plus d'un bon œil le futur contrôle des autorités publiques qui renouvelleront chaque année les licences d'exploitation des maisons closes. «Nous vendons une partie de notre corps, résume l'une d'entre elles qui se fait appeler Aleisha. Le gouvernement ne devrait pas avoir à dire quoi que ce soit à ce sujet.»