Il est 4h du matin. Calvin se réveille. Coiffé d’un bonnet de nuit blanc, il s’agenouille au pied de son lit et récite une prière qu’il a composée lui-même. Puis il se recouche. Pas pour dormir, mais pour travailler. Le voici, plume à la main, en train de réviser son Institution chrétienne. Il lit à voix haute le chapitre sur les biens de ce monde: «Si nous considérons dans quel but Dieu a créé la nourriture, nous verrons qu’il n’a pas seulement voulu pourvoir à nos besoins, mais aussi à notre plaisir.» Gourmand, Calvin? Peut-être. Souffrant de maux d’estomac, il devait cependant éviter certains mets.

Le Musée international de la Réforme (MIR) aurait-il réussi l’impossible? A visiter les huit pavillons de l’exposition temporaire consacrée à Calvin à l’occasion du 500e anniversaire de la naissance du Réformateur, on en viendrait presque à trouver sympathique ce personnage souffreteux et tout de même très austère. En effet, dans quatre de ces pavillons, un Calvin virtuel en 3D s’anime, bouge, parle, se dispute avec une Genevoise, enseigne devant un parterre d’étudiants, écrit des lettres… Grâce aux techniques du laboratoire d’informatique appliquée MIRALab, de l’Université de Genève, le Réformateur paraît plus humain que jamais. Cependant, le Musée n’a pas voulu faire œuvre d’hagiographe. Les côtés obscurs de l’homme sont aussi soulignés. Temps fort de l’année Calvin 09, l’exposition Une journée dans la vie de Calvin, qui ouvre ses portes aujourd’hui, permet au visiteur de se familiariser de manière ludique et intelligente avec le XVIe siècle genevois et le quotidien du Réformateur.

«Ce Jubilé Calvin est un anniversaire difficile, concédait hier Isabelle Graesslé, directrice du MIR, lors de la conférence de presse de présentation de l’exposition. Calvin est un personnage très contrasté et contesté. Un mélange de légende dorée et de légende noire l’a poursuivi durant 500 ans. Nous avons voulu offrir une lecture pacifiée et équilibrée du personnage, sans omettre ses zones d’ombre.»

Le pavillon 4 offre un bel exemple du caractère intransigeant du Réformateur et des réactions hostiles qu’il pouvait déclencher. La scène a lieu le 8 avril 1546. Il est 11h, et nous sommes au Consistoire. Françoise Favre, épouse d’Ami Perrin, y a été convoquée. Quelques jours auparavant, elle a organisé un bal dans sa maison à l’occasion du mariage de la fille d’un notable. Des personnalités importantes ont participé à cette fête et y ont dansé. Or, dans la Genève calviniste, la danse est interdite et sanctionnée de trois jours de prison. Françoise Favre est priée de dénoncer les danseurs. Calvin connaît cette femme de caractère, qu’il tient pour une «diablesse» et une «prodigieuse furie». Elle refuse en effet de donner le nom des danseurs et se met à insulter Calvin: «Méchant homme, vous voulez boire le sang de notre famille mais vous sortirez de Genève avant nous.» Françoise et son mari sont jetés en prison. Cela n’empêchera pas la dame de recommencer à danser, d’être à nouveau convoquée devant le Consistoire et de traiter de «gros pouacre*» Abel Poupin, un collègue de Calvin…

La journée de Calvin a été imaginée par Olivier Fatio, commissaire de l’exposition et fondateur du MIR. Les huit pavillons mettent en scène non seulement la vie quotidienne du Réformateur, mais aussi des événements clés de son histoire, comme l’affaire Servet, développée dans le pavillon 3. On y apprend le fonctionnement de la justice à l’époque, et le rôle de Calvin dans la condamnation du théologien et médecin espagnol qui critiquait la définition traditionnelle de la Trinité. On entend notamment un dialogue entre les deux hommes à la veille de la mort de Michel Servet. Certains aspects de la pensée de Calvin sont également présentés, en particulier sa conception de la prédestination, développée dans le pavillon 5 où l’on voit le théologien donner un cours à l’Auditoire.

Dans la journée du Réformateur, il y a aussi le culte, qu’il préside à 7h au Temple Saint-Pierre. Homme de réseau, entretenant une énorme correspondance dans toute l’Europe, Calvin trouve également chaque jour un moment pour écrire des lettres. A 18h, il prend son repas. Enfin, à 21h, il se couche, non sans avoir repensé à la journée écoulée et récité une dernière prière.

Cette exposition doit beaucoup à la créativité de MIRALab. Ce laboratoire, dirigé par la professeure Nadia Magnenat-Thalmann, a fait appel à des designers 3D, des chercheurs scientifiques et des acteurs. Pour réaliser le personnage virtuel de Calvin, les designers se sont inspirés de différentes gravures. Ils ont dessiné plusieurs ébauches de sa tête et de son corps, et le MIR a choisi la version qui lui semblait la plus proche de l’image connue de Calvin. Les vêtements du Réformateur ont demandé également beaucoup de travail. «Il a fallu dessiner les patrons en 2D, les rassembler autour du corps, les coudre virtuellement, puis les animer selon les mouvements de Calvin», explique le dossier de presse. Mais comment l’homme de Dieu bougeait-il? Impossible de le savoir. Une équipe réunissant des historiens, des théologiens et des acteurs a étudié la question. Une fois les gestes mis au point, ils ont été interprétés par les acteurs, dont les mouvements et les expressions ont été capturés, enregistrés, puis transposés sur le Calvin virtuel. Une audace qui fera frémir plus d’un iconoclaste…

* Personne très laide, répugnante et avare.

Une journée dans la vie de Calvin, du 24 avril au 1er novembre 2009. Musée international de la Réforme, 4, rue du Cloître, 1204 Genève. Tél. 022/310 24 31. Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h.

«Ce jubilé est un anniversaire difficile. Calvin est un personnage très contrasté et contesté»