PORTRAIT 

Océane Dayer, au chevet d’une planète en souffrance

Elle a fondé Swiss Youth for Climate, travaille pour le WWF à Zurich, marche avec des milliers d’autres jeunes contre le réchauffement climatique. Et pointe son pays qui ne serait pas aussi exemplaire que cela

Elle a donné rendez-vous au Kosmos, lieu culturel situé sur l’Europaallee, tout près de la gare de Zurich. Cinéma au sous-sol, cafétéria au rez-de-chaussée et au premier étage le Buchsalon pourvu de très confortables divans. L’endroit lui ressemble, à la fois sérieux (on vient avec son ordinateur) et cool (un thé et des bavardages). Océane Dayer est une fidèle sans toutefois y passer ses journées. Elle travaille depuis 2016 au WWF Suisse, en qualité d’experte après avoir décroché un Master en Sciences de l’environnement à l’EPFZ. Un diplôme acquis non pas d’une traite mais avec arrêt sur image: celle d’une planète en souffrance. En cours de cursus, en 2015, avec trois compatriotes, elle a représenté au siège de l’ONU à New York les jeunes de Suisse (Youth Reps). Une conférence internationale sur le climat autour des 17 objectifs de développement durable paraphés par 125 chefs d’Etat et de gouvernement, prélude à la COP21 qui s’est tenue à Paris en décembre 2015.

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Cette même année, elle fonde Swiss Youth for Climate, une organisation neutre à but non lucratif, qui veut donner à la jeunesse une place dans le débat sur les changements climatiques. «Nous avons 500 membres, des représentants à Lausanne, Genève, Berne, Bellinzone, Zurich», résume-t-elle. Swiss Youth for Climate a appelé à soutenir les grèves pour le climat qui ont fait descendre ces dernières semaines des milliers de jeunes Suisses dans les rues. Dont Océane qui a ressenti des frissons: «Je n’avais jamais vu une telle mobilisation.»

Famille écolo bio

Son engagement ne date pas d’hier. Il faut remonter à son enfance à Landecy, dans la campagne genevoise. Elle a grandi dans l’une des toutes premières coopératives d’habitation du canton. Père et mère enseignants, écolos très portés sur le bio, pas de télé à la maison. La vie est au-dehors parmi les champs. Elle pratique le violon, la danse contemporaine, décroche une maturité bilingue allemand-français au Collège de Candolle, puis étudie les sciences de l’environnement.

L’individualisme nous divise, les inégalités nous blessent. Ce qui compte, c’est la vie et le vivant, pas le PIB, la bourse, EasyJet ou les iPhone. En cela, le récent engagement civique des jeunes redonne un sens, remet du vivant.

Océane Dayer

Océane Dayer pose un regard sombre sur notre société consumériste. Elle parle de crise de sens: «L’individualisme nous divise, les inégalités nous blessent. Ce qui compte, c’est la vie et le vivant, pas le PIB, la bourse, EasyJet ou les iPhone. En cela, le récent engagement civique des jeunes redonne un sens, remet du vivant.» Son leitmotiv: la pleine application des accords de Paris qui prévoient de contenir d’ici à 2100 le réchauffement climatique en dessous de 2 degrés, voire même limiter la hausse des températures à 1,5 degré. Dans le viseur des défenseurs de l’environnement, on trouve bien entendu les nations les plus émettrices de CO2, la Chine en tête devant les Etats-Unis et l’Inde.

La Suisse dans le collimateur

Océane Dayer ne dédouane pas pour autant d’autres pays, le sien notamment souvent cité en exemple pour sa politique énergétique, sa lutte contre les gaspillages, sa pratique du tri des déchets, ses voies cyclables… Effet trompeur, selon Océane, qui souhaite que l’on arrête de relativiser la responsabilité de la Suisse. Selon elle, les grandes banques, mais aussi les caisses de pension, investiraient toujours massivement dans les énergies fossiles, «permettant ainsi la réalisation de projets d’infrastructure et d’extraction qui sont incompatibles avec un monde où le réchauffement est limité à 1,5 voire 2 degrés». Elle détaille: «Lorsqu’un Etat, une banque ou un particulier investit dans la construction d’une nouvelle infrastructure d’énergies fossiles, par exemple un pipeline, une centrale à gaz ou même un chauffage à mazout, il le fait parce qu’il pense que cela est rentable. Mais pour cela, une telle infrastructure doit rester en fonction au moins vingt à trente ans. Ce n’est absolument pas compatible avec la limitation du réchauffement climatique.»

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Elle rappelle que l’un des objectifs de l’Accord de Paris est la réorientation des flux financiers de façon compatible avec la protection du climat. L’Alliance climatique suisse dont Swiss Youth for Climate fait partie soutient que les activités gérées depuis la place financière suisse ont un impact en CO2 équivalent à 20 fois les émissions domestiques de la Suisse et représentent 2% des émissions mondiales. «Seulement cinq pays ont un poids aussi lourd, affirme Océane. Je ne connais pas les statistiques pour les grosses voitures, SUV et 4x4, mais je peux m’imaginer qu’on doit être pas mal aussi.» Elle poursuit: «L’autre exemple frappant est celui du mazout: la Suisse fait partie du Top 3 des pays européens pour ce type de chauffage.»

En 2017, Océane Dayer a été nommée coprésidente de la branche suisse du Réseau pour des solutions de développement durable (SDSN fondé en 2012 par Ban Ki-moon), en présence de Bertrand Piccard et du Nobel Jacques Dubochet. Mais un moment extraordinaire reste pour elle le 16 novembre 2018 lorsque, à l’initiative de la DDC, 125 000 cartes postales écrites par des enfants du monde entier ont été posées sur le glacier d’Alestch, pour sensibiliser au réchauffement climatique. «J’y étais pour Swiss Youth for Climate, il y avait à la fois une immense émotion et beaucoup de colère.»


Profil

1989 Naissance à Genève.

2015 Fonde Swiss Youth for Climate.

2015 Mise sur pied de la première délégation de jeunes Suisses aux COP.

2016 Engagement professionnel auprès du WWF Suisse à Zurich.

2017 Coprésidente du SDSN Suisse.


Nos portraits: pendant quelques mois, les portraits du «Temps» sont consacrés aux personnalités qui seront distinguées lors de l’édition 2019 du Forum des 100. Rendez-vous le 9 mai 2019.

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