La mer, à Brest, on connaît. Le port breton se considère même comme la capitale européenne de l'océanographie. Pour renforcer cette image, la ville a décidé de rénover et d'agrandir Océanopolis, le premier parc européen de loisirs des sciences de la mer. Construit en 1990, cet imposant aquarium à vocation éducative a jusqu'ici été centré sur la faune et la flore marines des mers tempérées, telles qu'on les trouve au large de la Bretagne. Plus pour longtemps: un chantier en cours promet l'arrivée de faune et de flore plus lointaines. Deux extensions sont très attendues: les pavillons polaire et tropical. L'opération n'est pas banale puisque le bassin pour les pingouins et l'aquarium à requins, entre autres, ne contiendront pas moins de 1000 mètres cubes d'eau chacun. Au total, 4250 mètres cubes seront offerts aux yeux du public dès la fin des travaux, prévue pour avril 2000.

«Notre ambition est d'exposer tous les océans de la terre, affirme Danièle Quemener, responsable de la communication à Océanopolis. Nous souhaiterions exhiber et expliquer les écosystèmes marins tels qu'ils existent de l'équateur au cercle polaire. Tout en rendant le public sensible à l'impact de notre société sur ces fragiles équilibres.» Autre mot d'ordre du musée: le respect des animaux. La pression écologique et les directives de l'Etat français ne laissent d'ailleurs guère le choix. Hors de question, donc, de pêcher un phoque en pleine mer ou d'attraper un pingouin sur sa banquise pour les emprisonner entre quatre vitres. Tous les animaux son nés en captivité. A ce propos, sur la quarantaine de pingouins de trois espèces différentes qui s'ébattront devant les yeux des spectateurs, plusieurs viendront des zoos de Bâle et de Zurich. En outre, il n'y aura jamais de dauphins à Océanopolis, ni de cétacés. Ces animaux ont trop besoin d'espace pour pouvoir survivre dans un aquarium.

Le spectacle offert n'en sera pas moins stupéfiant. Les animaux seront mis en scène dans leur milieu naturel, recréé à l'identique. Les concepteurs d'Océanopolis – majoritairement des scientifiques – n'ont pas fait les choses à moitié. Les décors sont façonnés dans le béton d'après une multitude de photos et d'observations effectuées sur place. Des sculpteurs affinent les reliefs, des peintres reproduisent les couleurs des roches. Dans le bassin qui représentera l'Arctique, des phoques nageront entourés de glace pilée, à défaut d'icebergs véritables. Les pingouins de l'Antarctique, installés dans un espace voisin, entendront les bruits de la glace qui bouge. Dans le pavillon tropical, en face de l'immense piscine à requins, une mangrove sera reconstituée. Le niveau de l'eau variera comme la marée, inondant régulièrement les racines des arbres. On pourra aussi admirer un récif de corail vivant de 13mètres de long. Océanopolis se veut ludique, mais sa mission est avant tout instructive. Devant toutes les vitrines du musée, des explications en français et anglais éclaireront les visiteurs sur les différents fonctionnements du monde marin. Pourquoi et comment certains poissons nagent-ils en bancs? Qu'est-ce que le plancton, la marée, les courants marins? Pourquoi la mer est-elle salée? «Les gens viennent ici pour se divertir, mais notre stratégie de communication est basée sur la vulgarisation scientifique», explique Danièle Quemener.

Et la région s'y prête bien puisqu'elle est riche en recherche sur les océans. L'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer), l'Institut polaire, l'Epshom (Etablissement principal du service hydrographique et océanographique de la marine), l'Institut universitaire européen d'études marines et une dizaine d'autres centres scientifiques dédiés à la mer se trouvent à Brest.

Océanopolis est donc une vitrine idéale. Mais c'est aussi un lieu d'expérimentations. Le musée a ainsi été le premier endroit au monde à avoir réalisé en aquarium la reproduction des laminaires, des algues marines en forme de longs rubans jaunes ou bruns. Une opération difficile puisque le végétal est excessivement sensible aux conditions environnantes. Il a notamment fallu reproduire la houle qui caractérise son milieu naturel. Là, les Français ont devancé de quelques années l'aquarium de Monterey en Californie, pourtant le plus sophistiqué du monde.

Autre défi: faire vivre pour la première fois in vitro une colonie de krills polaires. Ces minuscules crevettes vivent sous la glace et, le printemps venu, se mettent à pulluler pour constituer la base de la chaîne alimentaire de la faune polaire. Les poissons et les baleines en font un festin. A Océanopolis, ces petits organismes évolueront dans un aquarium en forme de pilier. La machinerie nécessaire pour maintenir la température de l'eau constante et d'assurer les autres conditions vitales, remplit une chambre entière, située au dessus dudit pilier. Cette débauche de technologie a un prix. Environ 55 millions de francs sont nécessaires. La Communauté européenne participe pour 30%. D'autres développements sont prévus. Ils devraient porter sur les grands fonds, ce qu'a réalisé l'aquarium de Monterey (LT du 23.3.1999) et les petits mammifères, loutres ou phoques.

Océanopolis, centre de culture scientifique, technique de la mer. Rens. 0033/2-98 34 40 40.