Ils travaillent à la lueur des étoiles ou des néons, c’est selon. Toute cette semaine, «Le Temps» vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui vivent en décalé, invisibles aux yeux de la majeure partie du pays. Pour les suivre jusqu’au bout de la nuit.

Notre dossier: Oiseaux de nuit

C’est à partir de 23h que nous avons commencé à discuter. De choses vraies, de la vie, de lune et de poésie. «Pendant sept ans, j’ai vu les levers du jour. Maintenant, je vois les couchers du soleil», a-t-il dit vers minuit et demi. Cinq heures que nous étions enfermés dans 4 mètres carrés. A 19h23, Gabriel prend son service à la gare de Lausanne-Triage. Sur les rails, des wagons vides dévalent des buttes. De l’autre côté des voies, des vignes courent au soleil. A 19h54, Gabriel dessert le frein à main de la locomotive, appelle la vigie: «Train 28543 prêt au départ.» Au loin, les rails se déroulent à l’infini. Ça y est, nous roulons. A Daillens (VD), des ouvriers de La Poste clopent en silence. A 20h29, ils accrochent trois wagons de courriers à la locomotive. Nous pesons désormais 14 tonnes.