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Olivier Theyskens, back to the couture?

Après New York et Milan, les défilés du prêt-à-porter de l'automne se sont achevés à Paris. Retour sur le meilleur moment et portrait d'un Belge surdoué.

Comme sa dernière biographie officielle, reçue hier soir par e-mail, a choisi de donner dans un laconisme très étudié, empoignons le nouveau dictionnaire de la mode «Fashion Now»*. Page 462. Ouvrons les guillemets: «Certes, Olivier Theyskens vit dans un bordel bruxellois du XIXe siècle, possède une tête de girafe empaillée, crée des vêtements macabres aux connotations sexuelles et religieuses évidentes; et pourtant, ce créateur qui fond en larmes devant «E.T.» n'est pas aussi sombre qu'il y paraît…» Sur la page d'en face, on surprend Elodie Bouchez. L'actrice pose de dos, dans un vêtement du créateur belge. Elle a l'air d'avoir été dérangée en train de mater un tableau de Watteau, on ne sait pas si elle se cabre ou si elle s'apprête à s'abandonner aux vagues de taffetas turquoise qui lui servent tout à la fois de prétexte à la noyade et de robe dégrafée.

Voilà pour donner une idée de l'univers gothique, tout en sophistications et en coups-de-sac, d'Olivier Theyskens. Pour épicer ce tableau, il suffira de dire qu'Olivier Theyskens a déjà refusé un certain nombre de jobs prestigieux – comme de reprendre la direction de la maison Givenchy. Qu'il est belge comme une partie des jeunes talents de la mode. Qu'il est né en 1977. Que le jour de ses 21 ans, il a reçu, par fax, une commande de Madonna et que la chanteuse fit sensation, quelques jours plus tard, en portant pour les Oscars une de ses fameuses robes savantes de cuir. Qu'il est arrivé à Theyskens d'épingler, aux escarpins de mannequins à l'élégance limpide, de petits canaris empaillés. Que dans les rares interviewes qu'il donne, ce designer qui n'a jamais terminé l'école bruxelloise de la Cambre manie la sincérité et le troisième degré avec un talent qui fait plaisir, dans un univers de la mode où tout semble désormais aussi calculé qu'un plan d'investissement LVMH – suffit pour cela de penser à cet article où, à la journaliste qui s'esbaudit des coloris d'une de ses collections, Theyskens rétorque que sa palette lui a simplement été inspirée par le jaune et le brun d'un plat de moules-frites…

Délicatesse, romance, modernité: ceux qui étaient jeudi passé au Théâtre parisien de Chaillot auront eu, au contraire, une tout autre vision du talent d'Olivier Theyskens. Le Belge y faisait défiler la première collection qu'il réalisée sous les couleurs de la marque Rochas.

Chantilly noire, escarpins transparents

Cette maison, fondée en 1925 par Marcel Rochas, a été fameuse pour avoir développé un style à la fois chic et sportif. Depuis une bonne paire de décades, la notoriété de Rochas – et ses bénéfices – sont principalement dûs à ses parfums. Comme cela se pratique dans bon nombre de maisons endormies (lire LT du 10.03.03), Theyskens le prolifique a été embauché pour redonner du lustre à la marque.

Le résultat? Alors que tant d'autres, pour faire moderne, plantent des filles sur des talons-eiffel et les déshabillent de microjupes, Theyskens fait semblant de jouer la carte du retour à une élégance couture des années 50. Mais de près, les twists, les basculements, les détails sont d'une modernité sans effort, emballante.

La plupart du temps, la silhouette a été construite en quatre étages. La dentelle noire chantilly, appliquée sur le lainage, succède au taffetas rose et blanc, tulles, satins. Les épaules sont cajolées menu, la taille parfois prise, parfois lâche, parfois très volumineuse. Ainsi vêtues, les Mariacarla, Karolina et leurs collègues mannequins ont l'air mille fois plus contemporaines que dans ces collections où elles s'esquintent les talons à suivre la tendance actuelle pour le sport-chic. Les chaussures, justement, sont transparentes, pantoufles de verres orange ou brun fumé. Gants violents, rouges, bleus. Theyskens entre officiellement ici dans le cercle des Lagerfeld ou des Ghesquières, aptes à renouveler un répertoire sans y diluer leur regard.

Le site Internet de Vogue ne s'y est pas trompé. Il a mis sur sa première page le modèle ci-dessus, comme ceinturé d'un frôlement de tutu rose. Et il conclut que ces vêtements sont pertinents pour toute une nouvelle génération: «Respect du passé, confiance dans la jeunesse». Lu. Vérifié. Et approuvé.

* «Fashion Now», édité par Terry Jones, le magazine «i-D» et Taschen.

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