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Le prince William et Kate Middleton presque à la sortie de la maternité, 23 avril 2018.
© BEN STANSALL

Maternité

Et si on accouchait «à l’anglaise»?

Chef du service d’obstétrique du CHUV, David Baud souhaite personnaliser les durées de séjour en maternité. Son objectif: s’inspirer du modèle anglais et permettre aux femmes de sortir trois jours après un accouchement si la situation médicale et logistique le permet

Le professeur David Baud travaille dans des maternités suisses et étrangères depuis plus de quinze ans. Promu chef du service d’obstétrique du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) en janvier 2017, il s’étonne de l’absence d’évolution en ce qui concerne les durées de séjour en maternité dans notre pays.

En moyenne, les mères restent hospitalisées quatre jours suite à un accouchement normal et cinq jours après une césarienne. Un délai trop long pour le professeur, qui est en train de revoir le système de prise en charge au sein de l’hôpital «pour réduire la durée de séjour à 72 heures en moyenne», annonce-t-il.

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Comme une princesse

«Au Canada, les patientes restaient hospitalisées plus longtemps qu’en Suisse, même après un accouchement normal. Par contre, lors de mon séjour à Londres, les mamans quittaient la maternité vingt-quatre heures après leur accouchement.». Son expérience outre-Manche, au sein du prestigieux Centre hospitalier de St. Mary, connu pour être la maternité des princesses, lui a fait découvrir une prise en charge quasi ambulatoire de l’accouchement. «Cela est basé sur un important réseau de sages-femmes, qui viennent à domicile le jour de la sortie de la patiente. L’avantage du modèle anglais, c’est que les sages-femmes à domicile sont les mêmes qui travaillent à l’hôpital», continue David Baud. Le système de santé londonien est découpé en quartiers et selon celui-ci, la mère dépend d’un hôpital précis. De plus, un certain nombre de sages-femmes sont volantes, c’est-à-dire qu’elles travaillent à mi-temps à l’hôpital et à mi-temps à l’extérieur. «Le matin, la patiente a rencontré une sage-femme dans le service, qui sera celle qui lui rendra visite l’après-midi à son domicile», décrit l’obstétricien.

C’est cette continuité des soins, avec les mêmes personnes rencontrées à l’hôpital, qui l’a séduit. «Le système anglais est excellent, car il garantit le bien-être de la maman et de son enfant. Alors pourquoi rester à la maternité plus longtemps s’il n’y a pas de réelle nécessité?» s’interroge David Baud.

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Retrouver son univers

Un retour rapide au domicile présente de nombreux avantages. En rentrant à la maison, les mères retrouvent un milieu qui leur est familier, contrairement à l’hôpital, qui peut être un univers hostile pour elles, comme pour le nouveau-né. «Il y a d’abord le bruit, entre les sonnettes des voisines et les pleurs des autres enfants. Mais surtout, il y a toujours le risque d’une infection nosocomiale», argumente le professeur. «Au CHUV, nous souhaitons offrir aux patientes une prise en charge personnalisée de l’accouchement et de la durée du séjour.»

Aujourd’hui, si une femme quitte la maternité en moins de trois jours, sa sortie est qualifiée de «précoce». La demande doit être faite au préalable par la femme enceinte et répondre à un certain nombre de critères, dont «celui de s’être organisée avant son séjour, avoir trouvé un pédiatre à l’avance et avoir eu un accouchement normal», détaille l’obstétricien, qui constate également que la majorité des femmes qui en font la demande ont déjà un enfant ou savent comment s’occuper d’un nourrisson.

Au CHUV, la part de ces sorties reste encore minoritaire, mais a quadruplé en seulement cinq ans. En effet, une soixantaine de sorties précoces ont été enregistrées en 2012 et 2013. En 2017, sur les 3227 accouchements qui ont eu lieu à la maternité lausannoise, 224 ont donné suite à une sortie en moins de vingt-quatre heures.

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Facteur psychologique

Même si les chiffres sont en hausse, ces sorties ne font pas l’unanimité chez les patientes. Certaines mères préfèrent être encadrées après avoir mis au monde un enfant. «Elles se demandent comment s’organiser, ne comprennent pas les pleurs du bébé, ou peuvent commencer à angoisser. On parle ici d’un accompagnement psychologique de la maman, qui pourrait tout aussi bien être donné avec un suivi à domicile.»

La durée de séjour va-t-elle évoluer en Suisse? Avec le baby-boom actuel, les hôpitaux devront certainement revoir la durée de séjour en milieu hospitalier, et privilégier un suivi renforcé à la maison. «Nous sommes en train de travailler sur une optimisation et une personnalisation du séjour de nos patientes, avec un séjour moyen de trois jours après un accouchement normal. Cela nécessite de travailler avec nos collègues sages-femmes indépendantes pour préparer cet avenir.»

Plusieurs avancées en ce sens sont déjà en cours en obstétrique au CHUV. «Tout d’abord, nous offrons la possibilité d’un séjour à l’hôtel des patients, fort apprécié des patientes ayant accouché. L’accompagnement se fait également par des sages-femmes, avec tout le confort d’une chambre seule, où le partenaire peut rester.» Pour les séjours en néonatalogie, qui durent plus longtemps, «notre hôpital essaye de trouver des studios à proximité de l’établissement pour que les parents n’aient pas à faire de grands déplacements et qu’ils soient le plus souvent possible proches de leur bébé. Mais cela n’est pas simple à organiser», reconnaît le chef de service. Et pour cause, il faut que le personnel et les patients puissent se déplacer, trouver les financements nécessaires et mettre en place un système de mi-temps à l’hôpital et de mi-temps au domicile ou au studio des patients.

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