Une imprimante 3D bourdonne. Sous les mouvements inlassables de l’engin se dessine couche après couche un élément plastique qui servira à contenir des instruments de mesure scientifiques. Dans l’ensemble, rien ne distingue cette pièce des innombrables salles qu’abritent les bâtiments de l’EPFL, si ce n’est l’engin surmonté d’un bras articulé juché sur ses six roues au milieu de la pièce. Ces locaux abritent le projet de l’association étudiante Xplore, qui développe un robot spatial martien.

Il y a un peu plus d’un an, Jonathan Wei et Quentin Delfosse, respectivement président et vice-président de l’association, entreprennent cette aventure en compagnie de deux camarades, Arion Zimmermann et Thomas Manteaux. «On nous a parlé d’une compétition aux Etats-Unis, et on trouvait qu’il manquait un gros projet de robotique dans le domaine spatial à l’EPFL. C’est comme ça que l’idée est née», résume simplement Quentin Delfosse. Il n’en a pas fallu plus aux deux étudiants, aujourd’hui en troisième année de bachelor en microtechnique, pour se lancer.

Une première, pour l’EPFL

Au-delà d’un intérêt personnel, les deux étudiants avaient déjà approché le domaine de l’ingénierie spatiale en participant l’an dernier à la Rocket Team de l’EPFL. Une autre association dont l’objectif est de concevoir et de lancer une fusée dans le cadre d’une compétition internationale. Mais pour construire ce rover, impossible de s’appuyer sur l’expertise d’étudiants ayant déjà mené une expérience de ce genre puisqu’il s’agit d’une première pour l’école.

Dès le mois de septembre, le temps de faire valider leur projet et de recruter la cinquantaine d’étudiants qui constituent l’équipe d’Xplore, la construction du robot débute, ainsi qu’une course contre la montre. Pour l’instant, la destination de ce rover n’est pas l’espace mais bien la Terre, avec comme premier objectif: participer à l’European Rover Challenge (ERC) en septembre à Kielce, en Pologne.

Pour atteindre ce but, le robot doit être capable de remplir une série de quatre tâches. Notamment parcourir une distance de 100 mètres sur un terrain accidenté en moins d’une heure en navigation autonome ou encore prélever et analyser des échantillons du sol. Cette année, 58 équipes sont inscrites mais toutes ne participeront pas à la finale, une première sélection aura lieu le 20 juin.

Un robot en moins d’un an

Malgré cette incertitude, Jonathan Wei et Quentin Delfosse sont déjà très satisfaits du travail accompli par leur équipe en moins d’un an. La semaine dernière, leur robot a effectué, avec succès, ses premiers tours de roue sur le terrain. «Quand on a vu le rover avancer de 10 centimètres pour la première fois, ça a été l’euphorie», s’enthousiasme Quentin Delfosse.

Retards de livraison, pièces mal usinées, gestion du temps… durant les derniers mois, l’équipe d’Xplore a dû esquiver, à l’image de son rover, les obstacles sur sa route. D’autant que les étudiants ont lancé ce projet en pleine pandémie.

Si la gestion du temps a parfois posé problème, la récolte de financements a été un autre écueil. «Au premier semestre, nous avons eu du mal à trouver des sponsors. Certaines entreprises qui soutiennent habituellement ce genre de projet ont décliné, il y a aussi eu un effet de la pandémie», estime Jonathan Wei. Loin des 2,5 milliards de dollars du rover Perseverance qui s’est posé en février dernier sur Mars, le budget d’Xplore s’élève à environ 115 000 francs.

Si leur projet ne devait pas être retenu pour l’ERC, les deux étudiants comptent bien remettre le couvert l’an prochain. «Souvent les équipes reviennent plusieurs années de suite et améliorent leur première version, c’est même l’idée de ce genre de compétition», souligne Jonathan Wei. Mais à respectivement 22 et 21 ans, Jonathan Wei et Quentin Delfosse voient déjà plus loin.

Un de leurs autres objectifs serait de participer à l’équivalent américain de l’ERC, qui impose une limite budgétaire aux robots présentés, avant de quitter l’EPFL. Autre idée qu’ils comptent lancer dès l’an prochain: le développement d’un rover polaire pour assister des missions scientifiques. «C’est aussi un premier pas vers le spatial parce qu’il doit fonctionner dans des conditions extrêmes», précise Quentin Delfosse. Mais surtout, les deux étudiants espèrent voir ce projet repris par d’autres après leur départ vers le monde professionnel. Dans le spatial si possible.