Qu’est-ce que l’esprit de Noël, et comment évolue-t-il au gré des époques? Entre le lundi 23 décembre et le vendredi 3 janvier, «Le Temps» propose à cinq aîné(e)s domicilié(e)s en Suisse de nous raconter leur «Noël d’antan», les invitant ainsi à partager le regard qu’ils portent sur les fêtes de fin d’année d’aujourd’hui. 

Episodes précédents:

«Ah, Noël… Je me souviens que, pour nous, c’était bien sûr les vacances, mais aussi et surtout une affaire de spiritualité. On était heureux de partager ce moment en famille. A la maison, on était cinq garçons: Guy, André, Gaby, Etienne et moi. Dix-neuf ans de différence entre l’aîné et le benjamin. On habitait Grimisuat, dans une petite maison en dehors du village, avec mes parents et ma grand-mère. Mon père était maçon de formation tandis que ma mère s’occupait des bêtes.

Quand nous étions enfants, nous travaillions à la campagne, il y avait six mois d’école seulement, parce qu’il fallait aider à s’occuper du bétail. Cela dit, nous étions un peu plus aisés que les copains qui dépensaient beaucoup en allant tous les jours au bistro. Nous, on était trop loin pour faire ça. D’ailleurs, quand nous n’étions pas en classe, nous étions à l’œuvre dix heures par jour, et encore le samedi matin! Alors, Noël était bienvenu pour se reposer.

Des cadeaux utiles avant tout

La décoration de la maison, c’était surtout l’affaire de maman. Mais je me souviens que mes frères et moi contribuions en allant chercher de la mousse sur les arbres pour décorer la crèche. C’était un tout petit chalet où l’on mettait Jésus, l’âne, le bœuf, Marie et Joseph. Nous avions un vrai sapin qu’on allait couper nous-mêmes, c’était toujours très difficile de le faire tenir debout. Il fallait clouer des lattes dessous pour que ça soit plat, que l’on couvrait ensuite avec du papier de rocher!

On décorait alors l’arbre de boules, de bougies qu’on allumait, d’épis de Noël qui faisaient un peu comme des étoiles… Je ne sais pas si ça existe encore. Nous n’avions pas beaucoup d’ornements, donc maman suspendait des petits bonshommes en chocolat, et de temps en temps on avait le droit d’aller les manger.

Pendant l’année, en cachette dans sa chambre, ma grand-mère tricotait des chaussettes, puis, le moment venu, elle les déposait sous le sapin. Elles étaient emballées dans du joli papier avec un ruban, et ça nous faisait autant d’effet de recevoir ça qu’un petit camion en bois, parce que c’était si bien présenté! A l’époque, on n’avait vraiment pas la folie des cadeaux comme aujourd’hui. Ils étaient avant tout utiles, comme un pull, des gants, des bonnets. Pas tellement de jouets, ou alors des jouets très simples: des boîtes de plots par exemple. On était quand même très limités, perchés sur une montagne, loin du village.

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On nous disait parfois: «C’est Jésus qui apporte les cadeaux.» Et certains critiquaient beaucoup cela, parce qu’ils trouvaient qu’on ne devait pas mentir aux enfants. Je ne suis pas d’accord, j’ai l’impression que, justement, les enfants ont besoin de cette magie-là. Et puis pour moi, tous les cadeaux et le bonheur viennent de Dieu. Quand j’ai su que maman achetait les cadeaux, je voulais croire encore que c’était Jésus, ou même le Père Noël, parce que ça restait plus féerique.

La centralité de Jésus

Chez nous, le côté spirituel de Noël était très important, et il l’est toujours. On ne se réjouissait pas tant des cadeaux que de l’événement que l’on fêtait. C’était la naissance de Jésus. Dans l’église du village, il y avait toute une préparation pendant les jours précédant Noël. Le 24, on allait à la messe de minuit, c’était un des moments les plus importants. Vu que l’on vivait en dehors du village, on y allait à pied; il fallait monter jusqu’à l’église de Grimisuat, à un bon kilomètre de la maison. C’est d’ailleurs sur ce chemin-là que j’ai rencontré ma femme plus tard. Ça, ce fut un beau cadeau de Noël.

Tout était réuni pour que ce soit un moment très particulier. Nous étions tellement joyeux de vivre cet événement tous ensemble! Ensuite, on rentrait prendre le repas, parce qu’à l’époque on ne devait pas manger pendant les six heures avant de communier. Et surtout pour une messe comme celle de Noël… C’était très strict, comme histoire! Je ne me souviens pas très bien de ce qu’il y avait sur la table, du veau je pense, parce que c’était la meilleure viande à l’époque. Nous l’achetions au boucher du village. Mais pour nous, ce n’était pas la nourriture qui importait le plus.

A Genève, il y a plus de conviction

J’ai habité dans la région de Grimisuat jusqu’à mes 31 ans, en 1972, lorsque nous avons emménagé dans notre maison à Genève. Nous l’avions achetée en ruine l’année précédente, pour la réparer et y habiter, ma femme, nos quatre enfants et moi. Je suis le seul de mes frères à être parti. Les autres habitent encore en haut, à Grimisuat, autour de notre ancienne maison! C’est plus facile pour eux de célébrer Noël tous ensemble.

Pour nous qui avons quitté le Valais, c’est plus compliqué. Alors on reste chez nous à Genève, et mes enfants viennent avec nos beaux-enfants et nos petits-enfants. Pour eux, nous allons à la messe de 17h. C’est presque mieux ici qu’en Valais, alors qu’autrefois on pensait que Genève était une ville en perdition, que plus personne n’allait à l’église. Il y a un contraste incroyable avec ce que j’ai pu penser de la religion à Genève. En Valais, tous les gens allaient à la messe parce qu’ils y étaient presque obligés. On avait la pression, on y allait comme des moutons. Mais ici, les personnes qui s’y rendent ont beaucoup plus de conviction.

Après la messe, nous partageons le repas. En fait aujourd’hui, Noël s’articule surtout autour de nos petits-enfants. Nous continuons de leur offrir des cadeaux, mais entre adultes, nous avons décidé d’arrêter. A la place, je fais un don à des personnes plus démunies. Moi, je n’ai pas besoin de quoi que ce soit, et j’ai plus de satisfaction à me dire que ce sont ceux dans le besoin qui reçoivent. Les petits-enfants ouvrent leurs cadeaux le 24, comme on le faisait à l’époque, et eux aussi comprennent que ce n’est pas ça, le but de Noël. Bon, j’avoue que, parfois, ça nous manque de le fêter en Valais. Alors… on mange la fondue bourguignonne, avec de la viande qui vient du boucher de Grimisuat, et c’est comme si on avait un peu du village chez nous, à Genève.»

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Une vie

1941 Naissance de Martial.

1963 Mariage avec Adèle.

1964: Naissance de Dominique, première fille.

1972: Départ à Genève.

1996: Naissance de Sophie, première petite-fille.