Le pédophile britannique D. C, ex-délégué de Terre des hommes-Lausanne (Tdh) responsable d'un orphelinat de 300 enfants, situé dans le village de Jari en Ethiopie, vit près de Londres. En toute tranquillité et sans être jamais inquiété par la justice. Ni la Suisse ni la Grande-Bretagne n'ont la compétence de le mettre en accusation: son forfait avoué à son employeur suisse – abus sexuels sur des enfants en 1997 – a été commis en Ethiopie. Tdh a certes informé les autorités éthiopiennes que D. C. avait été licencié. Mais elle a invoqué simplement que le Britannique avait commis des «fautes graves». «Nous n'avions en aucun cas tenté de le couvrir, assure Hélène Sulzer, porte-parole depuis quatre mois à Tdh. Et on n'allait pas hisser le drapeau et en informer le monde entier.»

Mais D. C. n'est pas le seul à avoir abusé des enfants éthiopiens dans l'orphelinat de Tdh et à se retrouver libre et impuni. Deux ans plus tôt, en 1995, sur une recommandation de son ami le Canadien Marc Lagrange – fondateur du Circus Ethiopia, une troupe de jeunes acrobates éthiopiens sauvés de la misère –, le délégué de Tdh avait recruté un autre Canadien pour enseigner l'anglais aux orphelins. Peu après son engagement, ce dernier passe la nuit avec un jeune. D. C. le renvoie immédiatement. Mais, encore une fois, l'affaire n'est pas rapportée à la police. Marc Lagrange avait-il aussi abusé des enfants en Ethiopie? Sans doute. Après avoir été accusé par ceux qu'il était censé sauver, «il s'est suicidé», confirme Hélène Sulzer. Selon le quotidien britannique The Guardian qui a fait éclater le scandale dans son édition de mardi, d'autres pédophiles auraient profité de ce «paradis».

L'organisation lausannoise connue pour sa lutte contre toutes les formes d'abus sur les enfants a été secouée une première fois en 1997 par une affaire de pédophilie, en Inde. «Nous avions recruté une pourriture de la pire espèce. Il y a eu immédiatement un nettoyage en bonne et due forme», explique la porte-parole de Tdh. A-t-il été dénoncé à la police indienne ou suisse? Oui, hésite Hélène Sulzer qui cependant ignore s'il a été jugé ou condamné.

Le scandale de pédophilie en Ethiopie continue à faire du bruit en Suisse. A Lausanne, Tdh assure que des dispositions ont été prises au niveau du recrutement des délégués. Ces derniers sont en effet soumis à des tests psychologiques avant leur engagement. Et les enfants en Ethiopie qui ont été abusés pendant deux ans? «Nous y avons dépêché un psychologue pour les aider», explique Hélène Sulzer. Aussi sur place, Tdh compte travailler avec toutes les organisations actives dans le domaine de l'enfance afin d'éviter de tels abus. Effectivement, avec la répression sévère mise en place par les polices en Europe, les réseaux pédophiles tendent à s'installer dans les pays du Sud, moins organisés.

Par ailleurs, différents rapports confirment que les pédophiles ont infiltré les organisations d'aide à l'enfance, même dans les pays développés. Il y a deux ans, la Grande-Bretagne était secouée par des centaines de cas dans les maisons d'accueil des enfants. Au total, 39 institutions avaient été mises en cause. Une commission d'enquête sur les allégations d'abus sexuels dans sept institutions au Pays des Galles doit rendre ses conclusions encore cet été.

Ce n'est pas un hasard que The Guardian soit revenu à la charge vendredi sur le scandale de l'orphelinat éthiopien. Le journal rapporte que six importantes organisations britanniques d'aide à l'enfance lancent une campagne pour exiger une modification de la législation britannique afin qu'elle interdise aux pédophiles de se rendre à l'étranger. Actuellement, les pédophiles, une fois reconnus coupables, sont enregistrés dans le pays. Mais aucune information à leur sujet n'est disponible dans des pays tiers. La proposition de la coalition a été positivement accueillie par le Home Office (Ministère de l'intérieur britannique): un porte-parole a affirmé que le gouvernement prenait la question de la pédophilie très au sérieux. Les organisations caritatives ont également indiqué qu'elles comptaient introduire de nouvelles procédures de recrutement de personnel pour travailler dans le tiers monde. Enfin, dans son éditorial, The Guardian raconte la difficulté des enfants de parler de leur douleur. «C'est pis en Afrique. Les gamins pensent que les gens sont bons simplement parce qu'ils sont Blancs.»