La photo ci-dessus vous fait rêver? Ce bel espace, ouvert, lumineux, harmonieux, qui transpire le bonheur au bureau? Eh bien, méfiez-vous! L'Agence France-Presse le dit depuis 6 heures ce matin: selon un sondage du cabinet de prévention français Eleas, réalisé sur Internet du 7 au 16 septembre par l’institut de marketing Ginger, près d’un salarié sur deux (42%) y serait fortement exposé aux incivilités!

D’ailleurs, «le rapport à l’espace est si personnel […] qu’on a vite fait de déranger autrui», non? C’est en tout cas ce qu’écrivait tout récemment LaTribune.fr. L’open space favoriserait ainsi le manque de courtoisie, l’irrespect de la personne, ou, plus rarement, la violence verbale voire physique: voilà «ce qui vous énerve le plus au travail», résume TF1.

«Parler fort, interrompre»...

Ces données semblent indépendantes du secteur d’activité, de la taille de l’entreprise ou de l’âge des salariés. Un exemple? «Parler fort, interrompre, une fois ne pose pas de problème en soi. Mais dans une logique de répétition, cela détériore le climat relationnel et peut être vécu comme un déni de la personne qui souffre de ces comportements», analyse Xavier Alas Luquetas, président-fondateur d’Eleas.

«L’open space permet de mieux collaborer entre collègues, mais soyons réalistes: c’est aussi et surtout une économie pour les employeurs, qui regroupent plus d’employés dans un plus petit espace!» Mais «qui dit plus grande concentration de personnel dit aussi perte de concentration et de productivité». Cosmopolitan propose ainsi «quelques astuces» pour rester productif dans cet enfer.

«Ceux-là qui s’aiment»...

Pour s’en faire une idée sans se prendre trop au sérieux, la comédienne Mathilda May a récemment mis en scène un spectacle sur ce thème précis de l’open space. France 3 décrit ses «sept comédiens incarnant des rôles caractéristiques tels que l’employée timide, la femme assumée en jupe et talons bruyants, la cinquantenaire, la commère et Madame-je-sais-tout, celui qui colle aux basques du patron, celui qu’on a mis au placard, l’autre qui s’en fout, et ceux-là qui s’aiment.»

Mais revenons à notre sondage, qui évoquera sans doute pour beaucoup «la banalité d’une journée de travail» et sa somme «de situations absurdes». Dans le détail, les 20-34 ans se montrent plus affectés par des comportements qui constituent une atteinte au respect de la personne, tandis que les plus de 55 ans réagissent plus vivement à des atteintes aux règles sociales, notamment lorsque l’interlocuteur écrit des courriels ou des SMS lors d’une réunion en face à face (76% rejettent ces pratiques). Aïe!

Quelles conséquences?

Les conséquences de tout cela ne seraient pas anodines: 67% des 20-34 ans disent se sentir démotivés par rapport à leur travail (59% pour les plus de 55 ans); 44% des 20-34 ans prétendent développer dans la foulée une mauvaise image d’eux-mêmes (29% pour les plus de 55 ans); et 34% des 20-34 ans avouent avoir déjà fait une crise de nerfs ou de larmes au travail (21% pour les plus de 55 ans).

Des différences générationnelles qu’explique ainsi Xavier Alas Luquetas à 20 Minutes France: «Les jeunes n’ont pas fini de construire leur estime d’eux-mêmes, et les incivilités qu’ils vivent au travail leur donnent parfois l’impression qu’ils ne sont pas respectés. De leur côté, les salariés de plus de 55 ans sont affectés par les entorses à la bienséance et à la politesse, mais avec l’âge, ils ont développé des stratégies d’adaptation et sont davantage blindés.»

Blessures narcissiques

Son de cloche identique chez Alain d’Iribarne, sociologue du travail et président du comité scientifique de L’Observatoire Actineo, qui travaille dans le même domaine: «Les jeunes […] ressentent […] les incivilités […] comme des blessures narcissiques.» Et parmi celles qu’ils supportent le moins, il y a le fait que des collègues laissent les espaces communs sales et en désordre, que certains gênent la concentration des autres en faisant du bruit, que des salariés ne saluent pas systématiquement leurs collègues ou qu’ils accaparent la parole en réunion.»

Mais «l’insup… portable», le pire, l'innommable relève un autre article du journal gratuit français, c’est autre chose: c'est «ce petit joujou technologique» qu’est le smarthphone. Il «tape de plus en plus sur les nerfs des salariés, qui critiquent l’usage intempestif qu’en font leurs collègues.» Et sans surprise, évidemment, ce sont «évoluant en open space et ceux des grandes entreprises qui sont les plus exposés à ces incivilités».

Le troisième larron

«Un rejet massif qu’explique bien Xavier Alas Luquetas: «Le téléphone portable interrompt la relation. C’est comme si une autre personne s’immisçait dans la réunion. Le salarié qui subit cette situation reçoit le message implicite qu’il n’est pas important aux yeux de l’autre, surtout quand il s’agit de son supérieur hiérarchique. Et la récurrence de ce genre de comportements est insupportable pour lui.»

Intéressant, non? Ce l’est d’autant plus que «certains employés sont prêts à tout pour écraser les autres et se mettre en avant. En Allemagne, on les appelle les «salariés toxiques», et ils coûteraient cher aux entreprises: 10 milliards d’euros par an», écrit Courrier international, qui a traduit un passionnant article du Spiegel sur ce sujet proche, mais plus général, qui tente de décortiquer un phénomène plus répandu qu’on le croit.

Alors, si vous avez «l’impression d’être un poulet de batterie dans ce bureau tapageur et plein à craquer» ou si vous avez «envie de dézinguer tout le monde», Glamour propose «quelques antidotes utiles». A lire «avant le burn-out ou la démission». C’est plutôt drôle à lire, et instructif: tentez par exemple le sandwich aux cornichons!