«Öppis»? C’est le mot le plus commun, le plus insignifiant du dialecte, s’exclame une collaboratrice publicité à Zurich. «Öppis»? C’est l’expression d’une intégration réussie en terre alémanique; même les Allemands ne la comprennent pas du premier coup, s’amuse de son côté un collègue de la rubrique économie. Voilà donc une montagne de responsabilités confiée à un mot qui charme d’abord l’oreille par sa fugacité. En fait, «Öppis», c’est pour «quelque chose» («etwas» en allemand), résultat de ce que les linguistes qualifient d’assimilation, le «tw» de «etwas» se transformant en «p». Tout simple. N’empêche que ce mot aux allures de goutte d’eau dans un océan inspire. Fait rêver, danser et chanter. Il y a trois ans, le talentueux duo d’artistes Zimmermann & de Perrot racontait sur scène, en Suisse romande aussi sans sous-titre, «Öper Öpis» («Quelqu’un, quelque chose»), soit les petits et grands drames du quotidien avec des personnages loufoques confrontés aux lois de l’équilibre.

Or voici qu’en fouillant nerveusement dans les méandres d’Internet à la recherche d’un exemple lumineux, nous tombons sur «Wenn du d’Milch is Configlas leersch denn isch öppis falsch» («Quand tu verses du lait dans le bocal à confiture, alors il y a quelque chose qui cloche»). Ce sont les paroles du titre «Öppis falsch» de Heinz de Specht, un groupe de musiciens à l’humour noir (soit dit en passant déjà invité dans l’émission TV du satire star Viktor Giacobbo). Quoi qu’il en soit, de «öper» à «öpis», en passant par «oppë» ou «opädie», on reste dans l’opacité. Pour terminer, un petit jeu de langue susceptible d’être proposé en guise de contrat d’intégration. A lire en répétition à haute voix: «Het er öppe öpperem öppis taa?» («A-t-il plus ou moins fait quelque chose à quelqu’un?») Au-delà de l’exercice oral, c’est toute la nuance alémanique…