«Pas de haine mais pas d'oubli.» Les paroles de Jean-Marcel Darthaout, l'un des deux rescapés encore vivants du massacre d'Oradour-sur-Glane, pourraient servir de devise au Centre de la mémoire inauguré vendredi par le président français, Jacques Chirac. 642 habitants d'Oradour avaient été massacrés le 10 juin 1944 par la division SS das Reich qui avait ensuite détruit et incendié les bâtiments. Après la construction d'un nouveau village, entre 1947 et 1953, les ruines, laissées en état mais soigneusement entretenues, sont devenues, par la volonté du général de Gaulle, monument historique. 300 000 personnes visitent ce monument chaque année.

Le nouveau Centre de la mémoire se situe exactement entre les deux villages. On passera par lui pour accéder au village détruit, ce qui permettra au demi-million de visiteurs attendus par année de comprendre les circonstances de ce massacre. «On ne peut se contenter de laisser les gens face à la destruction et à la mort. Ce n'est pas trahir ceux qui ont souffert que d'aller au-delà et d'expliquer comment et pourquoi s'est prise la décision de punir tout un village qui n'avait rien fait», affirme Madeleine Ribérioux, historienne et présidente du conseil scientifique du centre. Avant de conclure: «Ce centre devrait plutôt s'intituler Centre de l'histoire.» A quoi ajoute Jean-Jacques Fouché, directeur du centre: «Nous avons voulu raconter comment des hommes deviennent violents.»

«C'est un centre d'interprétation», déclare de son côté le scénographe Yves Devraine, qui s'est appuyé sur des photos, des textes, des récits audiovisuels pour réaliser ce qui n'est pas sans rappeler, en réduction, le Musée de la Croix-Rouge à Genève. On y voit comment le nazisme est arrivé, comment tout un plan s'est monté pour aboutir à l'extermination des villageois et, parallèlement, la vie dans le village d'Oradour-sur-Glane au moment où le massacre a eu lieu. On y voit, côté nazi, comment il était prévu, et de longue date, de faire en sorte que des innocents creusent leurs tombes et se mettent eux-mêmes en position d'être exécutés.

L'exposition montre aussi comment le massacre d'Oradour a été utilisé par les communistes, les gaullistes et même Vichy pour faire passer leurs propres idées. Ainsi le général de Gaulle, en décrétant Oradour monument national, a-t-il voulu instrumentaliser le massacre d'innocents à l'époque où il entendait désarmer les chefs de la résistance intérieure. On pouvait comprendre dans son discours que le massacre de villageois n'étant pas connus pour des hauts faits de résistance était plus grave et important que la persécution de résistants. C'est en tout cas ce qu'a avancé Jean-Jacques Fouché.

Jacques Chirac n'a pas manqué de souligner la portée universelle de ce lieu et de justifier l'intervention militaire française dans l'ex-Yougoslavie: «Oradour et tous les martyrs nous rappellent que la barbarie est de tous les pays et de tous les temps.» Tout comme l'instrumentalisation de la mémoire; et c'est aussi l'un des enseignements et non des moindres de la visite de ce centre.