Histoire

Otto Klein, un des derniers «patients» du Dr Mengele, est décédé à Genève

Otto Klein a servi de cobaye au tristement célèbre Dr Mengele avec son frère jumeau Ferenc, à Auschwitz. Il est mort le 24 mars à Genève à l’âge de 81 ans. Il était un des derniers survivants du «bloc des jumeaux»

Il était l’un des derniers survivants du «bloc des jumeaux» d’Auschwitz, ce baraquement où s’entassaient les petits cobayes de Joseph Mengele. Déporté à 12 ans, Otto Klein a subi pendant sept mois les expériences du médecin nazi avant d’être libéré par les Russes. Il a été soigné pendant plusieurs années à Davos pour une tuberculose contractée dans le camp et s’est par la suite établi à Genève. Il est décédé le 24 mars à 81 ans.

Otto Klein vient au monde en juin 1932 dans une petite ville de Hongrie. Sa famille est juive pratiquante. Il a une sœur, Agnes, et surtout un frère jumeau, Ferenc. C’est peut-être ce qui l’a sauvé des chambres à gaz. La famille est déportée en juin 1944 à Auschwitz Birkenau à l’issue d’un voyage de trois jours dans un wagon à bestiaux bondé. «Il y a eu une naissance dans notre wagon, une cousine à nous, a raconté Otto dans un témoignage enregistré. Imaginez-vous, il y avait à peine la place de se coucher. C’était tragique.»

Dès leur arrivée au camp, les deux frères de 12 ans sont repérés et présentés au docteur Mengele, dont ils n’ont alors jamais entendu parler. Ils sont admis au «bloc des jumeaux», où s’entassent une centaine de petits garçons et bien d’autres malades sur lesquels le docteur mène des expériences. «Nous étions examinés par divers médecins prisonniers. Nous avons été vus par un ophtalmologue, on a même pris nos empreintes dentaires. On nous faisait aussi des prises de sang. Ils nous injectaient peut-être aussi des choses, je ne sais pas. Nous avons subi des examens cliniques, psychiatriques, tout. C’était certainement une préparation pour l’examen final, qui devait avoir lieu après notre mort. On a appris que ça avait déjà été fait avec des jumeaux tziganes qui avaient été tués. Le docteur Mengele nous a convoqué plusieurs fois lui-même et nous a examiné cliniquement. Il nous a tout mesuré, même le petit doigt.»

Otto Klein a rapidement su par les autres patients que Joseph Mengele était un assassin. Mais l’homme s’est toujours montré poli avec les deux garçons. Tant qu’il en avait besoin, il les protégeait. «Nous estimions que nous étions sous sa protection car il avait besoin de nous pour les examens. Si un prisonnier ou un kapo voulait nous faire du mal, nous lui disions: «Attention, nous allons le dire au docteur Mengele». Lui n’a pas fait de massacres, il a laissé faire les autres, il a joué les gentlemen. On ne pouvait pas se plaindre de son comportement.» Les enfants n’ont pas besoin de travailler et peuvent jouer sur un terrain de football à côté de leur baraquement. En face se trouve le crématoire numéro trois. Pendant des mois, les garçons voient des centaines de milliers de personnes y entrer pour ne plus en sortir.

Pendant leur séjour au camp, Otto et son frère reçoivent notamment des gouttes dans les yeux qui les brûlent et les rendent aveugles pendant plusieurs jours. Mais ils ont de la chance, à l’époque où ils rejoignent le bloc des jumeaux, il y a déjà beaucoup moins d’expériences. La fin de la guerre approche. Près de 200 jumeaux ont été libérés du camp à la fin de la guerre. En tout, près de 1300 jumeaux ont été tués et leurs corps disséqués durant l’existence du camp.

Après la guerre, Otto est envoyé à Davos pour soigner une tuberculose contractée à Auschwitz. Il est depuis resté en Suisse et s’est établi à Genève alors que sa sœur Agnes et son frère Ferenc ont immigré au Texas. Leurs parents sont morts à Auschwitz. Ferenc est décédé en 1986, Agnes, en 1998.

Otto Klein a témoigné à de nombreuses reprises de son séjour dans les camps de la mort. En vidéo, mais aussi dans les écoles romandes, jusqu’à ce que la fatigue le contraigne à arrêter en 2009. «Il était d’une gentillesse extrême, se souvient le secrétaire général de la Coordination Intercommunautaire Contre l’Antisémitisme et la Diffamation (CICAD), Johanne Gurfinkiel, qui l’a souvent accompagné dans ses rencontres avec les élèves. Il était aussi très discret et faisait preuve d’une grande retenue dans ses témoignages, ce qui était souvent mal compris des élèves. Ils avaient l’impression qu’on leur parlait sur un ton presque léger de ces épisodes terribles. En fait, Otto considérait qu’il était de son devoir de témoigner si on le lui demandait, mais c’était un homme très discret qui ne voulait pas s’afficher comme une victime. Il ne voulait pas entretenir un climat délétère ou vivre dans une idée de revanche.»

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