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Quotidien

Oui, on peut réussir sans stresser, ni souffrir

Pas besoin de serrer les dents pour gagner. Dans «La performance», le formateur Denis Inkei enseigne comment atteindre ses objectifs en toute sérénité

Pour beaucoup d’étudiants, réussir ses examens, c’est boire des tonnes de café, passer des nuits blanches et travailler comme un forcené. Ça, c’était la méthode de grand-papa: la volonté, rien que la volonté et beaucoup de violence contre soi. Aujourd’hui, assure Denis Inkei, il y a moyen d’échapper à ce karma. Dans La performance. Desserrer les freins, booster les ressources, le sophrologue genevois présente des techniques pour améliorer ses résultats, à l’uni ou dans la vie, sans y laisser sa santé.

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Un exemple parlant? Vous devez faire un trajet en voiture d’une heure et demie. Vous pouvez très bien considérer ce moment comme du temps perdu et pester contre tout ce qui vous contrarie: les bouchons, les incivilités, les conducteurs distraits, etc. Mais vous pouvez tout aussi bien prendre ce trajet comme une parenthèse bienvenue, et le consacrer à penser, écouter de la musique, observer le paysage, etc. Tout dépend du point de vue, explique Denis Inkei, qui est également professeur d’arts martiaux. Chacun est toujours libre de transformer en bienfait ce qui est traditionnellement considéré comme une corvée. Travail, famille, patrie compris. Il suffit de se reprogrammer.

«Le Temps»: Denis Inkei, pour vous, le stress est l’ennemi à combattre. Avant de voir comment s’y prendre, de quoi est fait ce stress et quels sont ses déclencheurs sur le lieu de travail?

Denis Inkei: Le stress est créé par le déséquilibre entre les sollicitations et notre perception à pouvoir y faire face. Il provoque une transformation physiologique – activation du système nerveux et libération d’hormones – qui ne nous aide pas à être plus efficace, contrairement au mythe du bon stress, mais se révèle toxique pour le corps et contre-productif pour le travail. Le seul stress positif est celui qui, par exemple, nous permet de fuir face à un pitbull qui nous attaque! Quelles sont les situations de stress les plus fréquemment rencontrées au bureau? Lorsque l’employé est interrompu, lorsque le rythme est trop soutenu ou lorsque les délais sont trop serrés. Dans ces trois cas, stresser n’est jamais une aide, la solution se trouve dans la confiance et la concentration.

Dans les modèles d’excellence dont s’inspire votre méthode, vous citez le flow et le budo. De quoi s’agit-il?

Le flow est une expérience subjective dans laquelle on exploite toutes nos capacités avec un minimum d’effort. Une des dimensions de cette expérience est la démarche autotélique, c’est-à-dire réaliser une action pour elle-même et non pour son résultat. On est toujours meilleur quand on est dans le présent. Quant au budo, c’est le terme qui désigne l’ensemble des arts martiaux japonais. On lui doit par exemple la recherche du zanzhin, soit la concentration totale.

Détente, concentration, joie de l’instant présent, respiration: telles sont les attitudes qui, moyennant un entraînement, mènent le corps et l’esprit à un rendement optimal sans autodestruction

Votre approche est basée sur la reprogrammation ou plutôt, dites-vous, l’«habituation» du corps à de nouveaux comportements bénéfiques. On peut donc chasser le naturel sans qu’il revienne au galop?

Oui, de même qu’on peut apprendre à conduire un vélo et fixer cet apprentissage dans sa mémoire procédurale pour ne plus y penser après, on peut apprendre à bien conduire son corps et son esprit et installer ce nouvel acquis de sorte à ce qu’il devienne automatique. Le cerveau, plastique, intègre parfaitement de nouveaux comportements, moyennant une répétition concentrée de cette nouveauté.

Un exemple de reprogrammation, clé de votre méthode?

Dans l’ouvrage, je montre que bien respirer est une des bases de la performance. Trop souvent, en Occident, on ne respire qu’avec le haut des poumons, au niveau des clavicules, c’est-à-dire avec la respiration scapulaire. On oublie le thorax et surtout le diaphragme. Seule une respiration qui intègre les trois niveaux permet de bien oxygéner le cerveau et apaise ou stimule à bon escient le système nerveux. Pour fixer cette respiration bénéfique, il faut d’abord l’entraîner de manière concentrée, puis, au bout de trois semaines, en général, elle devient automatique, comme le vélo, et ce n’est plus un sujet! Et en cas de gros stress, cette maîtrise de la respiration est l’antidote le plus puissant.

Notre société nous a éduqués à privilégier la volonté, alors que l’imagination est bien plus puissante

Outre la respiration, votre méthode de stimulation des ressources repose aussi sur la visualisation. Explications.

Notre société nous a éduqués à privilégier la volonté, alors que l’imagination est bien plus puissante. Face à une échéance professionnelle d’envergure ou un examen universitaire, je préconise d’imaginer de manière positive la séquence, dans tous ses détails et dans toutes ses sensations, afin de tromper le cerveau en lui faisant croire qu’il n’a pas à s’inquiéter, car tout s’est bien passé… dans le futur! C’est la technique utilisée par les grands sportifs.

Le corps a aussi ses raisons que l’esprit ne connaît pas…

Le corps est diffuseur d’humeur, c’est lui qui détermine où et comment notre esprit se dirige. Un corps stressé est caractérisé par un blocage du diaphragme, une perte de stabilité dans les membres inférieurs et des tensions dans la région des épaules. Pour annuler le stress, il suffit d’adopter l’état inverse: il faut enfoncer ses pieds dans le sol, relâcher ses épaules et respirer complètement. Essayez, l’effet est bluffant!

Dans votre ouvrage, vous invitez encore le lecteur à chasser ses pensées négatives pour être plus performant. Ça fait presque un peu lavage de cerveau, non?

(Rires.) C’est plus une recherche de liberté que de résultats. Bloquer les pensées négatives est une manière d’annuler le stress et de reprogrammer notre mental. Après, il est clair qu’un employé soulagé de ses idées noires est plus disponible pour le travail, mais il l’est encore plus pour sa vie privée! Il faut savoir que le cerveau ne peut pas penser à deux choses en même temps, donc, tant qu’à faire, mieux vaut choisir des sujets de réflexion ou de rêverie agréables, car les pensées négatives, c’est prouvé, diminuent l’espérance de vie.

Mais ne se dirige-t-on pas ainsi vers un monde d’individus lobotomisés qui planeraient dans une réalité édulcorée et travailleraient comme de bons petits soldats?

C’est quand nous sommes dans un stress chronique que nous sommes lobotomisés, car nos comportements sont dictés par des réponses de survie vieilles de 150 000 ans. Plus sérieusement, il ne s’agit pas d’être béat en permanence, mais de réinstaller la confiance de l’individu dans son environnement. A chacun de choisir sa voie, pour ne pas dire sa croix!


La performance, Denis Inkei, Editions Jouvence, mars 2018.

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