Il a été entendu hier par la Cour d'assises de Saint-Omer. Et il n'a rien renié de son enquête. Lui, c'est le juge qui a instruit le procès pour des actes de pédophilie perpétrés à Outreau et dans la région de Boulogne-sur-Mer, dans le nord de la France. Rappelons que l'affaire est devant la justice depuis des semaines. Elle a éclaté à la fin des années 1990, avec les déclarations troublantes des enfants de la famille Delay, mettant en cause d'autres enfants du voisinage et 17 personnes soupçonnées de pédophilie, dont la vie a alors basculé. Depuis que le procès a commencé, on le sait, certains enfants se sont rétractés, tandis que la mère, Myriam Delay, n'a cessé de revenir théâtralement sur ses déclarations. Treize prévenus ont été mis en liberté depuis que la mère a déclaré qu'ils n'étaient pas mêlés à l'affaire – avant de se rétracter, encore une fois.

Au cœur du procès: Fabrice Burgaud, le juge d'instruction. Principaux reproches: ses refus de confronter les enfants aux personnes qu'ils désignaient comme leurs agresseurs, et une instruction menée uniquement à charge.

Juge Burgaud, 32 ans

Fabrice Burgaud est aujourd'hui affecté à la section antiterroriste du Parquet de Paris. Outreau a été son premier dossier. Une inexpérience dont son enquête porterait les traces selon les avocats des treize prévenus qui ont toujours clamé leur innocence (une autre a rétracté ses aveux pendant les audiences, trois ont reconnu les faits). L'une des prévenues parle d'une instruction qui aurait été menée «à charge». Voici ce que Fabrice Burgaud lui aurait dit: «C'est l'affaire du siècle. Vous avouez ou vous me faites perdre mon temps.» Le juge aurait systématiquement préféré croire les enfants plutôt que les prévenus, et il aurait placé inutilement ces derniers, selon leurs avocats, en détention provisoire pendant plus de trois ans pour certains.

On attendait donc l'audition du juge Burgaud. Il a défendu son instruction pendant toute la journée de mercredi. «J'ai des sentiments que je ne peux pas livrer à la Cour» a-t-il dit, avant d'ajouter qu'il ne ferait aucun commentaire sur ce qui se passe depuis le début des assises. «J'ai effectué des vérifications. Certains éléments ont été corroborés, d'autres non.» On lui reproche des mises en détention injustifiées. Il répond qu'il y avait trois groupes de personnes: celles qui n'ont pas été identifiées, celles qui ont été identifiées et localisées «pour lesquelles les éléments n'étaient pas suffisamment précis et concordants», et celles pour lesquelles «il y avait suffisamment d'éléments précis et concordants parfois étayés par des éléments matériels. Pour ceux-là, la mise en examen s'imposait».

Il y avait, explique-t-il enfin, «un climat de peur dans ce dossier, de violence, certains enfants disant être menacés». Fabrice Burgaud a ensuite repris cette argumentation à propos de chaque accusé.

Certains espéraient voir le dossier d'instruction s'effondrer. Ils ont trouvé face à eux un juge qui ne renie rien de son travail.