Les savants musulmans sont divisés sur la question des châtiments corporels. Mais ces châtiments sont appliqués par des pouvoirs qui, le plus souvent, instrumentalisent l'islam. Il faut donc stopper immédiatement ces pratiques et entamer un débat général sur leurs fondements religieux et leur compatibilité avec les principes de dignité humaine, de justice et d'égalité devant la loi. Tel est, très résumé, le sens de l'appel lancé par Tariq Ramadan. Extraits.

Une démission

Les textes sacrés mettent à l'application des châtiments corporels, et notamment de la lapidation, des conditions très restrictives. Si restrictives, disent certains interprètes, qu'elles ne peuvent guère être réunies concrètement. Ce type d'affirmation permet d'échapper au cœur de la question. Ce qui constitue une démission quand ces châtiments sont effectivement appliqués «à l'encontre de femmes, d'hommes, voire de mineurs (opposants politiques, délinquants, etc.) sans que les accusés aient pu avoir le moindre contact avec un avocat».

Un engouement populaire…

L'application des châtiments corporels connaît un soutien populaire, lié au fait qu'elle «rend légalement socialement visible la référence à l'islam. La législation, par sa rigueur, donne le sentiment d'une fidélité à l'injonction coranique qui exige de respecter rigoureusement le texte».

… conforté par les critiques occidentales

En Occident, ces mêmes châtiments sont violemment critiqués, de façon souvent

inégale suivant qu'ils sont appliqués par un pays africain pauvre ou une riche pétro-

monarchie. Ces critiques renforcent l'adhésion populaire à des châtiments qui sont perçus comme d'autant plus islamistes qu'ils sont anti-occidentaux.

Un islam en crise

Le monde islamique traverse une crise politique profonde et souffre d'une absence de débat religieux structuré. Une multitude d'opinions s'excluant les unes les autres sont présentées comme les plus islamistes. Dans ce contexte, «les musulmans ordinaires finissent par être plus motivés par des impressions de fidélité que par des opinions fondées sur le savoir».

Une responsabilité

«Les musulmanes et les musulmans qui vivent dans des espaces de liberté politique, qui ont la possibilité d'accéder à l'éducation et au savoir, ont – au nom même des enseignements islamiques – une responsabilité majeure pour tenter de réformer la situation, ouvrir un débat de fond, condamner et faire cesser les injustices perpétrées en leur nom.»

Trois questions

Ce débat doit notamment porter sur l'authenticité des textes invoqués, sur les conditions de leur application et sur leur contextualisation. Il doit se poursuivre entre les intellectuels et dans les communautés islamiques.

Un moratoire

Pour le mener, un moratoire est nécessaire. Ce ne serait d'ailleurs pas le premier. Le calife Umar ibn al-Khattab avait prononcé un tel moratoire, lors d'une famine, sur la peine visant les voleurs car elle aurait touché des personnes qui ne faisaient que tenter de survivre.

La fidélité à l'islam

Le débat doit se faire à l'intérieur du monde musulman, en fonction des valeurs musulmanes fondamentales – justice sociale, intégrité de chaque individu quel que soit son sexe ou son rang – en tournant le dos au formalisme. Mais il ne doit pas évacuer les questions soulevées par l'islam chez les non-musulmans «non pas pour se plier aux réponses de «l'autre» ou de «l'Occident» mais pour chercher, dans son miroir, à rester, mieux et plus constructivement, fidèle à soi.»

En conclusion, «il est urgent de mettre en branle un mouvement de démocratisation qui fasse passer les populations de l'obsession de ce que sanctionne la loi à la revendication de ce qu'elle devrait protéger: leur conscience, leur intégrité, leur liberté et leurs droits».