Les plongeurs de la Marine canadienne ont récupéré dimanche la boîte noire contenant l'enregistreur de données de l'avion. Ils ont également retrouvé trois sections du fuselage. La plus importante, qui mesure de 13 à 17 mètres, est la section centrale, où l'on voit les attaches des ailes. Une autre mesure de 7 à 10 mètres.

La boîte noire va être envoyée à un laboratoire spécialisé d'Ottawa, ce qui devrait permettre de reconstituer ce qui s'est passé durant les seize minutes qu'a duré le drame, entre le moment où la fumée s'est déclarée dans le cockpit du pilote, à 3h14, et la disparition de l'avion en mer, à 3h32.

Ce que l'on sait, notamment grâce à l'enregistrement du dernier contact radio, rendu public samedi: lorsque le MD-11 de Swissair fait part de ses difficultés au contrôle aérien de Moncton, il se situe à 70 miles nautiques d'Halifax et 300 miles de Boston. Le pilote choisit d'abord Boston, parce que la compagnie aérienne y dispose d'un centre d'entretien, contrairement à Halifax. Au début de la conversation, l'appareil vole en vitesse de croisière à 10 000 m d'altitude. Autant le Bureau de la sécurité des transports canadien (BST) que Swissair estiment impossible un atterrissage en vol d'approche direct sur une si courte distance: l'avion est trop lourd et vole trop haut. D'où la première boucle et la demande de largage du carburant (voir infographie). Ce dernier a-t-il été vraiment largué? Le BST n'en a pas la preuve. Pourquoi le pilote a-t-il braqué si fort la seconde fois? Pour l'instant les experts se perdent en conjectures.

Du dialogue, les experts soulignent le grand professionnalisme. Enfin, selon un observateur qui a écouté l'enregistrement, le pilote a fait montre d'une parfaite maîtrise du stress. Ce que confirme un équipage de British Airways travaillant sur la même fréquence. Ce n'est qu'en fin de conversation qu'une tension était perceptible. En voici les principaux extraits:

SR 111: Swissair 111 heavy déclare Pan Pan Pan. Nous avons de la fumée dans le cockpit, demande virage à droite immédiat vers un point adéquat, je pense Boston.

Contrôleur: Préféreriez-vous gagner Halifax?

SR 111: Affirmatif de Swissair 111… préfère Halifax depuis notre position.

Contrôleur: O.K., piste en service à Halifax est 06, dois-je commencer de vous guider vers la piste 6?

SR 111: Oui, la piste 6 ira bien, Swissair 111 heavy.

Contrôleur:… tournez à gauche cap 030. Vous avez 30 miles pour arriver à l'entrée de la piste.

SR 111: Nous avons besoin de plus de 30 miles…

Contrôleur:… tournez à gauche pour perdre de l'altitude…

SR 111: D'accord nous tournons à gauche. Nous devons larguer du carburant. Nous pourrions le faire dans cette zone durant la descente.

Contrôleur: O.K.…

SR 111: O.K., nous pouvons faire un virage à gauche ou un à droite vers le sud pour larguer.

Contrôleur: D'accord, tournez à gauche de 200 degrés et avisez-moi quand vous êtes prêt à larguer…

SR 111:… Nous déclarons une urgence à 01h24… Nous commençons le largage. Nous devons atterrir immédiatement.

Contrôleur: Swissair 111, vous êtes autorisé à commencer votre largage de carburant sur ce cap et avisez-moi quand le largage est terminé.

Contrôleur: Swissair 111, vérifiez que vous êtes autorisé à commencer le largage du carburant.

Ce sont là les dernières paroles échangées entre le contrôle aérien de Moncton (Nouveau Brunswick) et le MD-11 de Swissair. Six minutes plus tard, l'avion s'écrasait en mer. C.H.