Minuit à Djakarta et la capitale indonésienne est saisie par la peur. Il a suffi d'un flash urgent de la télévision pour que les premiers groupes de passants se forment sur les trottoirs, l'oreille collée aux transistors et les yeux rivés sur les images du speaker en train de lire les informations reçues du Japon et des Etats-Unis. La nouvelle du séisme de 8,2 à 8,7 degrés sur l'échelle de Richter survenu à 250 kilomètres environ au large de la côte ouest de Sumatra a rouvert en quelques secondes la plaie béante du Tsunami et de ses 273 000 victimes, trois mois après la tragédie.

«Nous n'avons pas de preuves du déferlement prochain d'une vague», explique, hésitant, un responsable militaire joint au téléphone par la télévision à Banda Aceh, la capitale de la province martyre de l'extrême nord de Sumatra. En vain. Téléphones portables en main, excédés de ne pas pouvoir joindre la province touchée, les résidents du quartier de Menteng, au cœur de Djakarta, sont sceptiques. Tous se repassent dans leur tête l'abominable film du 26 décembre: «J'essaie depuis une heure et ça ne passe pas… rage Bambang, un étudiant de 25 ans, en agitant son téléphone portable. Un de mes frères travaille à Meulaboh – l'une des villes les plus touchées par le tsunami de décembre – pour Oxfam (une des principales organisations caritatives britanniques). Je ne sais même pas s'il est au courant.»

L'affolement se lit. Depuis plusieurs jours, les secousses telluriques se sont multipliées en Indonésie. La terre a tremblé à Aceh, rouvrant par endroits des failles dans l'asphalte tout juste frais des routes réhabilitées, en particulier la fameuse artère de l'horreur, cette route Meulaboh-Aceh que la mer a littéralement avalée, engloutissant des milliers de victimes. L'armée indonésienne vient d'en inaugurer le dernier tronçon refait. Mais les bétonneuses et les bulldozers kaki n'ont rassuré personne. Les photos de la tragédie sont revenues à la «une» des grands quotidiens nationaux. Trois mois après la tragédie, chaque famille a repensé à ses morts, ses blessés, ses disparus.

Il fait 35 degrés, tout le monde transpire de moiteur et d'inquiétude. Dans l'attente du pire, les passants n'écoutent pas les précautions prises par les spécialistes qui, à la télévision, affirment que le séisme est «dix fois moins fort» que celui du 26 décembre. Les minutes passent, la vague a déjà submergé les esprits.

De Phuket, la station balnéaire thaïlandaise sinistrée, des images de résidents s'échappant de leurs hôtels sont retransmises. «Non, non, pas ça maintenant», s'énerve une femme face à l'écran. Les klaxons des automobilistes coincés par le trafic dans Djakarta soudain prise d'effroi se mêlent aux paroles affolées, aux sonneries des portables: «Au moins cette fois, les gens sont prévenus» soupire Bambang, l'étudiant de l'avenue Cutmutiah. «Cette peur, c'est celle que nous avons en nous. Nous sommes tous persuadés qu'au fond de l'océan Indien, le danger menace encore» soupire un résident européen de Djakarta.