Six (longues) heures. C’est le laps de temps au cours duquel les plateformes Facebook, Instagram, Messenger et WhatsApp ont cessé de fonctionner ce lundi. La panne sans précédent affectant des milliards d’utilisateurs dans le monde entier a été causée par un problème technique.

Cet incident majeur tombe très mal pour la firme de Mark Zuckerberg. Elle traverse l’une des pires crises sur sa réputation depuis deux semaines. En cause: le témoignage d’une ancienne ingénieure, Frances Haugen, accusant le groupe de choisir «le profit plutôt que la sûreté» de ses utilisateurs, dans un entretien diffusé par la chaîne CBS dimanche.

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Privés de leurs réseaux sociaux fétiches, les internautes les plus inventifs ont migré sur les différentes plateformes encore disponibles. Avec moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le hashtag #InternetShutDown s’est notamment imposé en top tendance sur Twitter. «Salut littéralement tout le monde», s’amuse alors le community manager du réseau social dans un tweet.

S’ensuit un copieux échange entre les community manager des plus grandes enseignes du monde. McDonald’s demande ainsi à Twitter ce qu’il souhaite commander avant que celui-ci ne réponde: «59,6 millions de nuggets pour mes amis». Puis c’est au tour du compte twitter de WhatsApp d’entrer en jeu. Un internaute lui répondra sèchement «Répare-toi».

Il est clair que la panne a donné du grain à moudre aux utilisateurs facétieux, rivalisant de sarcasmes sur la plateforme. Les influenceurs sont moqués, on les imagine en plein cauchemar et sans travail.

Des memes autour de la série coréenne au succès planétaire Squid Game sont repris à l’envi. La production dramatique produite par Netflix retrace le parcours de 456 participants dont la survie est soumise à des jeux pour enfants. La poupée de la série, déjà virale sur les réseaux, qui détecte les mouvements et sanctionne d’un coup de sniper le moindre mouvement au cours d’une partie du jeu «Un, deux, trois, soleil» est réinterprétée avec des cibles bien différentes. Instagram, Facebook et WhatsApp meurent. Seul Twitter survit.

Pour le bonheur des réseaux concurrents

Le malheur de Facebook a fait le bonheur de ses concurrents. La messagerie Telegram est passée de la 56e à la 5e place des applications gratuites les plus téléchargées aux Etats-Unis, en un jour, selon le cabinet spécialisé SensorTower. «Les inscriptions sont en forte hausse sur Signal (bienvenue tout le monde)», a aussi tweeté cette autre messagerie réputée pour son cryptage des données. D’autres internautes ont eux migré sur TikTok où les capsules vidéos des influenceurs du monde entier défilaient en continu.

Les plus moralisateurs ont, quant à eux, pu faire passer leur message. «Les personnes qui ont eu l’impression que leur vie s’est arrêtée parce «qu’Internet s’est arrêté», […] ont besoin de revoir leur relation paralysante avec Internet et leurs appareils», déplore une utilisatrice.

L’incident devrait apporter de l’eau au moulin des détracteurs de la société californienne, car il démontre son immense emprise sur la vie quotidienne. L’impact est encore pire dans les nombreux pays, où Facebook est «synonyme de 'l’Internet'» ou pour les usagers qui se servent du réseau social pour accéder à d’autres services, souligne Jake Williams, cofondateur de BreachQuest, une entreprise de cybersécurité. Même réflexion chez un journaliste du quotidien français Le Monde: «On se gausse de la sérieuse panne technique de Facebook, mais rappelons que des dizaines de millions de personnes en Afrique, Amérique latine ou Asie par exemple n’ont accès qu’à un bout d’Internet uniquement via cette société, pour le meilleur et surtout le pire…»