Ses petits débardeurs cachemire blanc, sans manches ni cols, respirent le frais. Ils ont cette pâleur indécise des nuages de l'aube, ce teint crémeux des brouillards encore mal réveillés. Ses robes, propices aux grandes enjambées, buste stretch, asymétriques, avec ici ou là une ébauche de troisième manche, affichent la candeur des cumulus qui traversent les ciels d'automne. Certaines de ses jupes ont l'air d'être faites de papier blanc, de loin on ne sait pas bien, même si leur texture crissante rappelle la laiteur des brouillards qui s'effilochent en montagne. Quant à ses tuniques enduites de silicone elles ont, elles, la blancheur dure des nuages de cristaux.

Tant de variations sur le blanc. Serait-ce que, sous ses cheveux violemment rouges, Paola de Michiel est fille à marier?

Née à La Chaux-de-Fonds, la styliste installée en Suisse alémanique* défilait ce week-end à Düsseldorf, dans le cadre de l'Igedo, plus grand salon mondial de l'habillement (lire ci-dessous). Avec trois autres Européens, elle avait été sélectionnée et aidée par la marque Lycra®. Seule obligation imposée par son sponsor: faire figurer cinq tenues contenant du Lycra® dans son show.

Pari plus que tenu avec un défilé à dominante blanche ponctuée d'éclairs «stone» – on ne dit plus «gris», ça fait plouc. De loin, les tenues de Paola de Michiel intriguent, mais en douceur, avec leurs coupes qui bouillonnent, qui forment des excroissances, ou bien qui moulent la silhouette sans l'oppresser. De près, au toucher, l'effet est encore plus cajoleur. C'est que la styliste alémanique, comme nombre de collègues, a au moins un avantage sur les Romands: outre-Sarine, il existe une tradition textile. Toutes les matières de Paola sont produites en Suisse, sauf les cachemires et les lins. Ses grands jupons ou ses ceintures façon obi japonais, que l'on croyait tantôt de papier, sont en fait taillés dans cette matière (lavable) qui sert à renforcer les cols et dont on tapisse aussi les hottes de ventilation des cuisines. Il y a une jupe en microcoton enduit de silicone (effet légèrement peau-caoutchouc). Des cotons/

polyamides imprégnés. Une tunique à large col bénitier 100% lin qui cache pudiquement son intérieur imprégné argent. Certaines pièces se laissent customiser, comme cette robe qui peut faire tunique. Le tout est plutôt haut de gamme. Et plus zen que hype à tout crin.

C'est que Paola de Michiel a vis-à-vis de la mode cette distance qui s'acquiert lorsqu'on a roulé sa bosse. Après une formation commerciale, elle a étudié un peu d'art et le stylisme à Bâle, ville dont l'école est aujourd'hui la plus réputée de Suisse. Elle a multiplié les stages, dans la presse, dans l'illustration (Londres), chez Christa de Carouge ou au service de presse de ce sanctuaire qu'est la marque Comme des garçons. Une dernière influence encore trop visible, mais qui range les 800 pièces vendues la saison dernière par Paola de Michiel au rayon d'une mode tendance intellectuelle soft plutôt que bimbo tellurique.

Du blanc. Du gris clair. Des volumes savants. Des jupes qui font parachute. Du pur, du solaire, de l'aérien. Des matières coupe-vent. Des groupes musicaux qui s'appellent Air ou qui fabriquent des musiques d'ambiance éthérées. Des magazines qui photographient leurs modèles sur fond de ciels, d'horizons où l'on devinerait presque le ballon brillant de Piccard, suivi de sa main invisible. Une partie de la mode, comme Paola de Michiel, gonfle maintenant ses voiles de brises purifiées. Après l'ère du grunge, après le retour du glamour, après l'héroïne-look ou le minimalisme pur: l'ère du vent est dans l'air du temps.

*Des habits Paola de Michiel sont en vente à Berne, Modepavillon Schütz, Weisenhausplatz 6 (se renseigner au 031/312.13.71). Et à Bâle, Modehaus Der Raum JF, Schützenmattstr. 11 (se renseigner au 061/269.97.77)