«Une lueur d'espérance»: c'est ce qu'avait déclaré Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité Saint Pie X, lors de l'élection de Benoît XVI. Hier, le chef des catholiques traditionalistes a été reçu, à sa demande, à Castelgandolfo par le pape. Une première depuis le schisme, les rapports entre Mgr Felley et Jean Paul II s'étant résumés à une brève rencontre le 30 décembre 1999 lors de la messe privée du pape, mais qui ne signifie pas forcément un retour de flammes.

Hier, le communiqué du porte-parole du Vatican, Joaquin Navarro-Valls, soulignait prudemment que, d'un côté comme de l'autre, se serait manifestée une «volonté de procéder par étapes et dans des délais raisonnables», le tout agrémenté d'une conscience commune des «difficultés». Certes, les divergences liturgiques – la Fraternité réclame le droit de dire la messe en latin selon le rituel tridentin, issu du Concile de Trente au XVIe siècle et banni par le concile de Vatican II – ne semblent pas être un obstacle majeur à la réconciliation, le nouveau pape n'ayant jamais caché un faible pour la messe traditionnelle. Mais sur les autres pommes de discorde nées de Vatican II, en revanche, une réconciliation semble peu probable. Les traditionalistes rejettent certains tournants majeurs du concile – l'œcuménisme, le dialogue interreligieux – sur lesquels Benoît XVI risque difficilement de lâcher du lest: il en a fait une des priorités de son pontificat. Le communiqué semble d'ailleurs indiquer que, pour l'heure, même les exigences les plus faciles à satisfaire – l'annulation des excommunications de 1988 et le droit pour tous les prêtres qui le souhaitent de dire la messe en latin – n'ont pas trouvé grâce aux yeux du pape, même s'il ne s'agit pas d'un refus définitif, d'autant que le cardinal Ratzinger y était favorable. Benoît XVI n'avance toutefois pas en terrain inconnu: alors cardinal, il avait été chargé par Jean Paul II en 1986 de conclure un accord avec Mgr Lefebvre, accord qui fut sur le point d'aboutir, avant que le fondateur d'Ecône ne se rétracte. Mais les «difficultés» sont bien réelles et, avant même la rencontre de Castelgandolfo, la «lueur» n'était pas loin de l'extinction, comme en témoigne une conférence donnée en juin dernier à Bruxelles par Mgr Fellay. Lequel relevait d'abord que Benoît XVI n'avait pas une formation thomiste, mais plutôt hégélienne et pouvait donc être suspecté d'une conception «évolutive» de la vérité. Et de rapporter, pour preuve, ce dialogue, en 1987, entre le cardinal Ratzinger et un Mgr Lefebvre commençant par affirmer que la liberté religieuse était contraire à «Quanta Cura de Pie IX»; réplique de Ratzinger: «Mais, Excellence, nous ne sommes plus au temps de Quanta Cura.» «C'est la fin de la vérité, s'est exclamé Mgr Fellay à Bruxelles, c'est la fin de la vérité, notez-le bien et c'est très, très grave.»

Le supérieur de la Fraternité reconnaît ensuite la conversion du cardinal Ratzinger à un certain conservatisme qui porterait de bons diagnostics, mais n'oserait prescrire les remèdes appropriés. Ratzinger, «celui qui nous connaît le mieux», s'est ainsi souvent prononcé contre la nouvelle messe, non pour rétablir l'ancienne mais pour instituer, afin d'éviter des vagues, «une nouvelle nouvelle messe». Toujours selon Mgr Fellay, le futur pape aurait dans ses écrits bien démasqué les modernistes: «Le cardinal montre que pour cette théologie il n'y a plus d'enfer, le purgatoire on n'en parle pas, mais il n'y a pas non plus de ciel.» Mais pour ensuite proposer de «les comprendre». «Pétard mouillé!» s'exclame Mgr Fellay qui préconise, lui, face «à cette nouvelle théologie» des réponses «assez radicales»: la poubelle, l'aspirateur, le bûcher, l'excommunication, on n'en parle plus…»

Et d'ajouter: «Si vous regardez notre nouveau pape, vous voyez que les débuts de son pontificat ne laissent pas beaucoup de place à l'espérance.» Tout est dit. Exit la lueur, même si Mgr Fellay termine en parlant du «devoir de garder des relations avec Rome», ne serait-ce que pour éviter de finir en vulgaire secte, rappelant que ceux qui s'écartent du pape «finissent toujours par se donner un pape, leur pape. Aujourd'hui il y en a une quinzaine! L'un d'entre eux m'a écrit, il se fait appeler Pierre II. Et il m'a demandé l'autorisation de garder le Saint-Sacrement dans son garage.»

Tout le monde, dans la Fraternité, ne partage pas ce point de vue. Ainsi, l'aile la plus dure, avec à sa tête l'évêque Richard Williamson, refuse tout dialogue avec Rome C'est Mgr Williamson d'ailleurs qui a «cafté», la semaine dernière, rendant public le rendez-vous de Castelgandolfo, dans le but assez évident de le faire capoter.