En Suisse, huit écoliers sur cent, de 11 à 16 ans, boivent dorénavant de la bière au moins une fois par semaine. Et cinq garçons sur cent, de 11 ans, ont déjà fumé. «On enregistre une impressionnante progression du nombre d'écoliers dépendants entre 1986 et 1994, remarque Anne-Catherine Menétrey, de l'Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA). Une hausse flagrante surtout chez les filles, dont le pourcentage de fumeuses et buveuses passe de 0,5 à 1,7%. Pour parer au mieux à cette vague de dépendances vécues à un âge de plus en plus précoce, l'ISPA présentait hier à Lausanne son jeu de prévention, Papillagou et les enfants de Croque-Lune. Anne-Catherine Menétrey l'a créé avec l'aide de deux collègues françaises: Michèle Breton, déléguée du Comité de prévention de l'alcoolisme de Côte d'Or, et Sylvie Catto, du Comité départemental de Saône-et-Loire. Destiné aux enfants entre 9 et 13 ans, prêt à l'emploi à l'extérieur autant que sous un toit, coloré, imagé et surprenant, le jeu de piste Papillagou, dont les instructions et le matériel de base tiennent dans une petite mallette, emmène ses joueurs au royaume des friandises. Divisés en cinq groupes, les enfants doivent franchir diverses épreuves, dont le message varie selon le style des voyageurs. Exemple: les rêveurs doivent rêver en gardant les pieds sur terre et les touristes choisir leur route sans suivre les autres aveuglément. Chaque obstacle franchi permet de recevoir un morceau d'un puzzle qui, recomposé, donne la clé du voyage. «En six étapes, les enfants vont se heurter à diverses questions sur le rapport à l'autre, la gestion de la consommation et le besoin de communiquer», explique Anne-Catherine Menétrey. Une des étapes pose le problème de la répartition d'un nombre insuffisant de bonbons: qui va en recevoir un? pourquoi? est-ce que certains se sacrifieront spontanément? «Ces réflexions devraient permettre aux jeunes de redécouvrir la réalité et de mieux savourer leurs propres choix, espère Michèle Breton. En effet, la perte de l'estime de soi et l'absence de communication constituent les principaux facteurs de risque de dépendance à l'adolescence.» Mais les enfants conserveront-ils un esprit solidaire et un peu de confiance en eux une fois le jeu terminé? «En jouant à Papillagou plusieurs fois, les jeunes auront plus de chances d'assimiler vraiment les messages. Mais il faut rester humble et se contenter déjà d'apprécier leur enthousiasme sur le moment.»

La mallette de jeu s'achète à l'Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies. Prix: 50 francs. Réutilisable indéfiniment.