Il y a ceux qui viennent en Suisse pour admirer la Jungfrau, franchir le pont de Lucerne, déambuler dans les rues pavées de Locarno. Et puis, il y en a d'autres, en quête de surprises, de bizarreries, d'étonnement: pour ceux-là, un Atlas Obscura en ligne recense des lieux insolites du pays. «Le Temps» y a sélectionné quelques curiosités et vous y emmène par la plume…

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C’est le paradis des enfants rêveurs, ceux qui affectionnent les listes de cadeaux à rallonge. Avec quelque 6000 pièces de collection réparties sur près de 1000 m2, le Spielzeug Museum de Bâle est le plus grand musée dédié aux jouets d’Europe. Fondée en 1998 par Gisela Oeri, présidente et mécène du FC Bâle, l’institution expose une partie de sa collection personnelle, amassée durant plus de vingt ans. Maisons de poupées, carrousels, peluches ou encore figurines miniatures s’y côtoient dans un dédale de vitrines étincelantes qui donne parfois le tournis. Aujourd’hui considérés comme des antiquités, poupées et oursons décoraient autrefois les chambres d’enfants bourgeois, entre 1870 et 1920.

Dans la torpeur de juillet, les allées du musée sont désertes et silencieuses. De quoi augmenter l’effet de surprise lorsqu’on pénètre dans la première pièce plongée dans une semi-obscurité. De toutes parts, des regards inquisiteurs, des sourires figés. En s’approchant des vitrines illuminées, le visiteur découvre une mise en scène d’une incroyable complexité: une farandole de poupées, ours en peluche et autres personnages disposés dans mille et une scènes de la vie quotidienne, penchés les uns sur les autres comme dans un ballet millimétré.

Tranches de vie immortalisées

Au milieu de ce chaos truffé d’infinis détails, une maison de poupées parmi d’autres attire l’œil. Style victorien, tapisserie à fleurs, vaisselle en porcelaine: de quoi remonter le temps et plonger à la fin du XIXe siècle. A chacun des cinq étages, les pièces décorées avec minutie racontent une histoire oubliée, une tranche de vie que le visiteur interprète à sa guise. Ici, une dame endimanchée semble en grande discussion avec son époux rentrant du travail serviette à la main; là, une servante à coiffe blanche est penchée sur le berceau d’un nouveau-né assoupi dans sa dentelle; plus haut, à l’étage des domestiques, une marmite fumante attend ses convives affamés.

Accoudé aux murs de la demeure, un énorme ours en peluche observe tout ce beau monde d’un air rêveur. Pour connaître la provenance et l’ancienneté des objets, tous numérotés, il est possible, à défaut de guide, d’utiliser son téléphone pour scanner les codes QR et obtenir des informations détaillées.

Au deuxième étage, le visiteur change d’échelle et se retrouve immergé au cœur d’une immense fête foraine. Immobiles, les multiples carrousels semblent attendre une étincelle pour prendre vie. En appuyant sur un bouton, la mécanique se met en marche à grand renfort de lumières et de musiques entêtantes. Les nacelles virevoltent dans un tourbillon de couleurs, les montagnes russes entament leur course folle tandis que la grande roue aux néons scintillants s’enroule sur elle-même. Plus loin, retour aux miniatures avec un cirque où se mêlent acrobates, clowns et jongleurs. Le long des gradins ourlés de rouge, une foule subjuguée dévore des yeux le dresseur de tigres et ses fauves endiablés.

Deux mille cinq cents ours en peluche

Avec plus de 2500 pièces, le musée abrite la collection d’ours en peluche anciens la plus importante du monde, certains d’entre eux remontant au début du XXe siècle, 1904 pour le plus ancien. La plupart portent à l’oreille le légendaire bouton caractéristique de la société allemande Steiff, leader du marché. Au quatrième étage, les oursons se glissent dans les rôles les plus improbables, au paroxysme de l’anthropomorphisme. Dans un coin, on les découvre en courageux matelots, gouvernail à la main et béret vissé sur la tête. Plus loin, ils sont médecins en blouse blanche, le regard concentré sur une ordonnance ou un patient apeuré. Face au maître de classe, des écoliers penchés sur un pupitre de bois semblent bien concentrés.

Si le musée peut par endroits sembler redondant, les curieux seront conquis par le troisième étage, qui change radicalement de registre. Point d’oursons ni de poupées en robe de bal, mais des rayonnages entiers de cannes, indispensable accessoire du gentleman jusqu’au XXe siècle. Toutes plus originales les unes que les autres, elles se révèlent en véritables œuvres d’art dont l’utilité va bien au-delà d’un simple appui pour le pas mal assuré. Il y a les cannes-toises pour marchand d’animaux qui servaient à mesurer la croupe d’un cheval ou d’un chien. «Après avoir dévissé le pommeau, on peut tirer la toise en bambou s’y trouvant», lit-on sur le document explicatif en ligne. L’outil se révélait particulièrement utile pour un négociant cherchant à acquérir deux chevaux identiques pour un attelage.

Quelques vitrines plus loin, on trouve également des cannes à système en cadeau publicitaire, renfermant un mètre à ruban métallique au slogan aguicheur. «Intégré dans le pommeau, il peut être tiré à l’aide d’une languette», dit encore le prospectus. Autres merveilles dissimulées à l’intérieur des crosses: une balance à ressort, des lorgnettes, un éventail en papier ou encore des ustensiles de couture. Autant de découvertes insoupçonnées qui dévoilent l’extraordinaire complexité d’un objet aujourd’hui tombé dans l’oubli.


Spielzeug Welten Museum Basel. Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10h à 18h. www.spielzeug-welten-museum-basel.ch