D'un point de vue écologique et économique, la tempête Lothar, survenue le 26 décembre 1999, ne peut pas être considérée comme une catastrophe. Ses conséquences humaines sont certes dramatiques – elle a causé la mort de 16 personnes. Mais paradoxalement, elle a contribué à régénérer les forêts et à diversifier les espèces. Ce sont les principales conclusions que tire l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP) de ses recherches sur l'ouragan, menées sur mandat du parlement. Sur les 404,5 millions de francs que celui-ci avait débloqués sur la période 2000-2003 pour réparer les dégâts causés par Lothar, 390 millions ont été utilisés à ce jour. La somme totale évaluée pour faire face aux conséquences de la tempête a été estimée à 509,5 millions de francs.

Conséquences économiques limitées

Du point de vue économique, les conséquences de l'ouragan ont été relativement limitées. Si quelques propriétaires ont été fortement atteints, la plus grande partie des exploitations n'a été que peu ou moyennement touchée. Les quelque 13,8 millions de m3 de bois renversés par la tempête, dont 11 millions ont été façonnés et vendus, ne composaient que 3 à 4% du volume sur pied. Selon l'OFEFP, la principale conséquence négative sur le plan économique a consisté dans un afflux massif de bois sur le marché, provoquant une chute des prix d'environ 30%. La précipitation avec laquelle le déblaiement des forêts a été entrepris, encouragé par les subventions fédérales, a contribué à cette situation défavorable, a reconnu Philippe Roch, directeur de l'OFEFP. De son côté, l'Office fédéral de l'énergie (OFEN) a révélé hier que les aides de la Confédération débloquées après la tempête ont dopé le chauffage au bois, permettant d'économiser 60 000 tonnes de CO2 par rapport à l'énergie fossile. La combustion du bois ne libère en effet que le gaz carbonique déjà recyclé par les arbres.

Dans ses conclusions, l'OFEFP relève que les forêts auraient tout à gagner d'être maintenues dans l'état le plus naturel possible. Les forêts dites «mixtes» (mélange de feuillus et d'épineux) sont en effet plus résistantes aux tempêtes. De plus, le déblaiement systématique de bois après un ouragan n'est pas une solution judicieuse, même si les troncs couchés peuvent heurter l'éthique d'une partie des professionnels et favoriser l'apparition du bostryche. «Il faut accepter que les forêts deviennent plus sauvages», résume Philippe Roch. Sur le plan politique, suivant les lignes directrices du programme forestier suisse (PFS) pour 2004-2007, l'office recommande la concentration des mesures prioritaires sur les forêts protectrices, notamment là où des dangers naturels menacent la population ou les biens matériels. Ces propositions constitueront la base du projet de révision de la loi forestière qui devrait être mis en consultation au début 2005.