Ce sont des éclairs gigantesques, qui dépassent tout ce que nous pouvons voir de ce côté-ci des nuages, c'est-à-dire en dessous: 90 kilomètres de hauteur, pour un diamètre de… 40 kilomètres! Ces événements singuliers, boules rouges gigotantes ou puissants jets électriques projetés des nuages vers l'espace, ont régulièrement été attestés par des pilotes d'avion (qu'on envoyait parfois à la visite médicale!), mais ce n'est que très récemment qu'on a pu les filmer: une fois par accident en 1989, lors du réglage d'une caméra à haute sensibilité, et surtout le 22 juillet 2002 à Taïwan, où des chercheurs ont pu en immortaliser cinq. Simultanément, des ondes radio à très basse fréquence ont été détectées au Japon et en Antarctique, signature claire de ces violentes décharges électriques entre les nuages et l'ionosphère.

Han-Tzong Su et Rue-Ron Hsu, de l'Université Cheng Kung de Taïwan, ne cachent pas leur joie: «Nous avons eu beaucoup de chance, et nous étions aux anges de les voir, dit Su, ils étaient vraiment immenses.» Selon Victor Pasko, un spécialiste de la Penn State University qui a observé et décrit des «jets bleus», les observations de Su élargissent la famille des «événements lumineux transitoires». Ces gigantesques colonnes lumineuses s'élèvent à la vitesse de 1000 km/seconde, et ne sont pas liées à des éclairs vers le sol.

Ces phénomènes méconnus, estiment les chercheurs, doivent amener à une révision de notre conception du circuit électrique terrestre, sachant que ce sont les orages qui «rechargent» le système. «Il survient entre 2000 et 3000 orages par seconde sur la surface de la Terre», rappelle Frank Roux, du Laboratoire d'aérologie de Toulouse. Pour Victor Pasko, «ce domaine de recherche est encore dans l'enfance. Il reste à établir quel est l'impact électrique et chimique des jets géants et des autres phénomènes lumineux transitoires sur notre planète.»