Le psychiatre et thérapeute de famille vaudois Gérard Salem tient un propos nuancé: «Les adolescents sont de nature à devenir plus secrets, avec des conduites alimentaires bizarres et des tendances à la dépression. Ce qui m'inquiète, ce sont les conduites d'embrigadement, avec des rites d'appartenance mortifères pour combler un vide moral. Les adolescents sont fondamentalement généreux, prêts au partage dans une société individualiste. Alors, quand ils vivent dans un vide éthique, il y a de la place pour les marchands d'idées et de produits. J'entends des jeunes de 14 ans évoquer l'air radieux Le Pen et la littérature nazie qu'ils lisent chez eux. La consommation d'alcool et de fumée augmente, de même que les stimuli extrêmes par la vidéo ou le sport. La léthargie des parents, des enseignants, des légistes vient amplifier ces manifestations à risques. Les adultes singent les adolescents, au lieu de les encadrer avec le poids de leur âge véritable. Les parents ne sont pas assez intrusifs! Or la tolérance pseudo-psychologique des adultes qui se refusent à dire et même à penser «Je m'inquiète pour toi!» est souvent vécue comme un abandon par les enfants.»

Ar. Ra.