La photo de «Quinette» apparaît quand on clique sur la rubrique «Nos patients». «Après douze séances de rayons, le bouledogue français a guéri d'une tumeur maligne à l'oreille droite. La chienne est aujourd'hui en pleine santé», nous apprend le site de cette clinique privée pour animaux spécialisée dans le traitement des cancers. Ouvert début septembre à Hünenberg, à côté de Zoug, le Centre AOI (animal oncology and imaging center) est spécialisé dans le traitement des cancers et le diagnostic image des animaux. «Les chiens et chats souffrent malheureusement aussi souvent que les humains de cancer. Si cela est détecté à temps, les différentes thérapies promettent de bonnes chances de succès. Près de la moitié des animaux concernés peuvent même guérir complètement», déclare Barbara Kaser-Hotz, la directrice du Centre AOI. Cette vétérinaire, pionnière de la radiothérapie des animaux, exploite avec son équipe pour le moment le seul accélérateur à particules linéaire de Suisse pour animaux; un appareil dont le coût avoisine 2 millions de francs et qui utilise la même technique qu'en médecine humaine. Le prix du traitement varie de 300 à 5000 francs.

Alors que l'on parle de rationner les soins pour les humains, faut-il développer la médecine de pointe pour les animaux? «La radiothérapie est un traitement comme un autre. On soigne aussi les chiens qui ont du diabète. Mais le cancer reste une maladie qui déclenche des émotions fortes», répond Barbara Kaser-Hotz. Et elle précise: «Nous ne passons pas aux rayons un chien parce que son propriétaire le veut. Mais seulement si cela fait du sens pour l'animal.»

Dix pour cent d'assurés

La radiothérapie canine ne choque pas Charles Trolliet, président de la société des vétérinaires suisses: «Il y a une trentaine d'années, on euthanasiait un chien de grande taille qui avait une fracture compliquée. Puis on a commencé avec l'ostéosynthèse [ndlr: la pose d'implants]. C'est une évolution comparable à celle de la médecine humaine, les techniques deviennent plus performantes.»

Avec quelque 450000 toutous enregistrés en Suisse, le marché est prometteur. Le plus fidèle ami de l'homme - et de la femme - moderne prend une place affective toujours plus grande. Et ses maîtres sont prêts à débourser beaucoup pour sa santé. Plusieurs assureurs offrent des polices pour animaux domestiques, et l'on estime que 10% des chiens et chats sont déjà assurés. Charles Trolliet ne voit toutefois pas de risques de dérive et défend l'honneur de la profession: «Un vétérinaire va d'abord penser à l'intérêt de l'animal.»

En 2000, Barbara Kaser-Hotz, alors professeure de radio-oncologie à la clinique vétérinaire de l'Université de Zurich, avait installé le premier appareil de ce genre en Europe dans un abri désaffecté de la protection civile. Le succès ne s'est pas fait attendre. En 2005, la clinique vétérinaire traitait 250 animaux par année. Jusqu'à ce que le fameux accélérateur, qui n'avait pas été acheté neuf, tombe en panne. La direction de l'Université refuse un crédit pour le renouveler. Elle avance notamment des motifs éthiques. Un conflit de personnes envenime la situation. Barbara Kaser-Hotz démissionne fin 2005. Nommée entre-temps professeure de radio-oncologie à la Freie Universität de Berlin, elle arrive en un temps record à rassembler des fonds privés. En moins de deux mois, sa clinique a déjà traité aux rayons une trentaine d'animaux.

La Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Zurich a sans doute laissé échapper un bon filon, même si Felix Althaus, son doyen, répond qu'il ne craint pas la concurrence. Et même si la Faculté, sous peu, devrait demander des crédits pour acheter un accélérateur linéaire neuf. «La Faculté aimerait renforcer ce domaine de recherche», explique Felix Althaus. Les scrupules éthiques qui valaient en 2005 ont-ils été balayés? «La discussion éthique fait partie de notre travail. Mais c'est un fait que, de nos jours, on exige d'une clinique universitaire qu'elle traite aussi les tumeurs des animaux de manière adéquate», répond-il.

L'ouverture de ce centre oncologique animalier à Zoug n'étonne pas la professeure Annik Dubied, sociologue des médias à l'Université de Genève: «Cela illustre le phénomène que l'on observe dans les sociétés postindustrielles urbaines: la frontière entre l'humain et l'animal s'estompe. Mais ce n'est pas une évolution à sens unique. La crainte de l'animal dangereux augmente aussi. A côté du bon compagnon aux traits presque humains, la phobie de la vache folle, de la grippe aviaire et des chiens qui mordent occupe aussi une place grandissante.»