OTS

Les parties civiles se déchirent au procès de l'Ordre du Temple solaire

La présence du chef d'orchestre Michel Tabachnik, seul prévenu à comparaître à Grenoble, a été éclipsée par la violente passe d'armes entres les avocats des parties civiles. Les familles des victimes étaient là, serrées aux premiers rangs de l'immense salle où se pressait un nombreux public venu assister au seul procès jamais tenu contre la secte apocalyptique

Finalement, il est venu. Après avoir annoncé son intention de ne pas se présenter devant le tribunal qui entend le juger pour «association de malfaiteurs» dans le cadre de l'affaire du Temple solaire (OTS), Michel Tabachnik a finalement fait le déplacement hier à Grenoble. Il était quatorze heures précises lorsqu'il a fait son entrée dans la salle d'audience installée dans l'ancienne bibliothèque de la ville. Son fils et sa fille l'accompagnaient. Son avocat aussi, Me Francis Szpiner. Le chef d'orchestre naturellement était la vedette espérée, mais plus guère attendue, de cette première journée de procès. Son célèbre avocat le fut moins. Ses confrères de la partie civile, en se déchirant dès la première heure du procès, lui ont ravi l'attention des médias, près d'une centaine de journalistes internationaux, et du public un peu médusé de la tournure des événements.

Le lieu est solennel, un rien grandiose, avec ses coursives, ses échelles grimpant à la recherche de livres dessinés en trompe-l'œil. Les familles des victimes sont là, serrées aux premiers rangs de l'immense salle où se presse un nombreux public. Sur le sac de la grand-mère de deux enfants disparus dans les flammes du Vercors en décembre 1995, les photos des petites victimes sont posées, comme pour assister au seul procès jamais tenu contre la secte apocalyptique.

Ce n'est pas l'apocalypse, mais un sérieux coup de tabac qui d'emblée fait tanguer le tribunal. Me Szpiner vient de créer un premier incident de procédure en récusant les constitutions de parties civiles, «inacceptables, dit-il lorsqu'il s'agit de juger en matière d'association de malfaiteurs». Une petite passe d'armes s'ensuit avec le procureur et les avocats des parties civiles. Mais Me Alain Leclerc se lève, il a une vingtaine de feuillets à la main. Il commence à les lire et crée la première sensation: «Je réclame l'incompétence de votre tribunal correctionnel au profit d'une cour d'assises, la qualification des faits retenus contre Monsieur Tabachnik est de nature criminelle.» Il poursuit: «Agissant au nom de plusieurs familles de victimes je dénonce la déloyauté de l'Union des associations de défense de la famille et de l'individu, et je réclame donc la perte de sa qualité à agir en tant que partie civile dans ce procès.» Il conclut enfin en demandant un «supplément d'enquête eu égard aux éléments nouveaux découverts par les parties civiles et eu égard aux contradictions et incohérences des éléments de l'information». Et il se lance, dans un silence glacé marqué de quelques signes d'impatience de la part des autres avocats, dans une énumération de toutes ces «contradictions et incohérences». Sa démonstration, qui touche parfois juste sur certaines lacunes de l'important dossier d'instruction, vise à démontrer que le juge n'a pas pu, su, ou voulu remonter toutes les pistes. Il s'indigne notamment que le rôle exact joué par un membre important de l'OTS, Claude Giron, pharmacien à Brest, n'ait pas été plus analysé par les enquêteurs qui auraient pu, selon lui, faire la preuve que les médicaments pris par les victimes pour s'endormir avant de mourir venaient de son officine. Il s'étonne de voir Michel Tabachnik seul à la barre des prévenus, alors que, toujours selon lui, l'enquête aurait pu remonter bien plus haut et découvrir le rôle tenu par certaines organisations «barbouzardes» dans la destinée de l'OTS. La violente charge ne pouvait entraîner qu'une réplique aussi sévère. Elle est venue de deux côtés à la fois. Du procureur, qui a pris la défense du juge d'instruction Luc Fontaine en dénonçant le «jeu peu clair de Me Leclerc» et son «esbroufe». Mais aussi des autres avocats des parties civiles, notamment ceux défendant l'UNADFI. Maître Francis Vuillemin: «Leclerc vient de faire son numéro, et ce n'est pas fini. Son langage et son discours sont ésotériques. Apparemment il traite Tabachnik d'assassin mais en réalité c'est un allié objectif de Tabachnik. Me Leclerc veut empêcher que l'on se penche sur les enseignements, les ateliers, les rituels, les voyages initiatiques, qui ont conduit à la disparition dramatique des victimes et dans lesquels Michel Tabachnik a joué un rôle essentiel. Certaines pages de l'ordonnance de renvoi et les futurs débats devraient nous éclairer sur l'attitude parasitaire et le jeu joué par Alain Leclerc.» La menace est lourde. Elle renvoie à l'appartenance, non dissimulée, de l'avocat à une loge maçonnique, Opéra, à laquelle adhéraient différents protagonistes de l'OTS, mais aussi des experts ès sectes cités par le tribunal. Celui-ci a quinze jours pour donner un peu de lumière à un dossier pour le moment encore bien ésotérique.

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