L'horloge du plus haut bâtiment de San Vicente s'est arrêtée mardi matin à 8 heures 22. La tour s'était penchée. Autour d'elle, près de la moitié des maisons de ce chef-lieu départemental du centre du Salvador venaient d'être détruites par dix secondes d'un séisme de magnitude 6,6 sur l'échelle de Richter, un mois jour pour jour après celui qui a laissé un Salvadorien sur six sinistré. «Il y a des pâtés de maisons entiers qui se sont écroulés», témoignait à la presse locale l'un des 40 000 habitants, à peine calmé, quelques instants après le tremblement de terre. Dans les rues parsemées de blocs de torchis effondrés, des mères affolées partaient déjà à la recherche de leurs enfants, entrés un peu plus tôt en cours.

Une dizaine de minutes plus tard, les premières répliques se faisaient ressentir dans tout le pays. «J'étais enfermée dans mon bureau, loin de la sortie, morte de peur, raconte Némesis Flores, une habitante de San Salvador. C'était pire que la dernière fois.» La capitale, où la plupart des constructions sont en dur, ne déplorait à cet instant que la destruction de quelque 260 maisons et des coupures d'eau potable, mais allait bientôt découvrir quatre victimes.

Au même moment, dans le centre du pays, les habitants comptaient leurs premiers morts. Non loin de la tour de San Vicente, l'après-midi, une famille installait sur une table le corps d'une femme, pour une veillée improvisée au milieu des pleurs. Morte ensevelie par les décombres, elle était l'une des quarante victimes que les habitants ont découvertes peu à peu dans le département. Hier, le bilan provisoire faisait état de 274 morts.

Parmi eux – comme lors du séisme du 13 janvier qui s'est soldé par 800 victimes et 2000 disparus – plusieurs ont été enterrés sous des glissements de terrain. Ainsi, c'est en tentant de retrouver les corps de quatre enfants, ensevelis depuis le mois dernier, que quinze sauveteurs ont perdu la vie sous un nouvel éboulement, dans la région rurale de Cojutepeque. Dans cette ville située à trente kilomètres de la capitale, les neuf dixièmes des maisons, faites de pisé et de torchis dans la plupart des cas, se seraient effondrées, parfois emportées par la terre. «Mon oncle et mon petit frère n'ont pas pu sortir à temps, ils sont partis avec la maison dans le ravin», a raconté en pleurant un enfant de 9 ans, au quotidien salvadorien El Diario de hoy, dans un village proche. Plus loin, à Candelaria, une école maternelle s'est effondrée en tuant au moins six élèves et leur institutrice. Les sauveteurs ont retrouvé cette dernière, les bras serrés autour des enfants qu'elle avait tenté de protéger.

À Candelaria comme dans le reste du pays, les salles de classe avaient rouvert depuis quinze jours, malgré la persistance des mouvements sismiques: 3400 répliques, dont certaines d'une magnitude de 5 degrés sur l'échelle de Richter, s'étaient produites depuis le dernier tremblement de terre.

Acheminement de l'aide difficile

«Nous faisons notre possible pour secourir les enfants et tous ceux qui sont encore ensevelis», ne pouvait plus que promettre le président salvadorien Francisco Flores, mardi soir, aux six millions d'habitants. Mais les routes abîmées – certaines étaient encore en travaux après le précédent séisme – rendent l'évacuation des blessés et l'acheminement des secours plus difficiles, une dizaine de jours après le départ des dernières équipes de sauveteurs étrangers et alors que les victimes du tremblement de terre de janvier se plaignent déjà régulièrement de ne pas recevoir assez d'aide.

Trois premiers campements ont déjà été installés sur des terrains de sport, près des villes les plus touchées. Mais à Cojutepeque, par exemple, où la délinquance aurait augmenté depuis les ravages du dernier séisme, de nombreux habitants préfèrent rester près de leur maison détruite, dans l'espoir de protéger les quelques biens récupérables des pilleurs. Dans les régions sinistrées, le gouvernement a d'ailleurs imposé le couvre-feu, hier soir, à 19 heures.

Les sans-abri ont passé leur première nuit sous des tentes ou des bâches pour les plus chanceux, pendant que les sauveteurs continuaient de déblayer les décombres et que le bilan s'alourdissait d'heure en heure, dans l'angoisse des survivants. «C'est horrible», a confessé une quadragénaire à l'agence AP, sans nouvelles de sa mère, alors qu'elle attendait à l'hôpital de San Vicente de pouvoir identifier le corps de son père. Et, toute la nuit, les répliques ont agité le sommeil des Salvadoriens. «Ça n'a pas cessé, raconte Nemesis Flores, à San Salvador. Nous avons été nombreux à ne pas dormir.»