Personnellement, quand j’ai appris que Roger Federer et sa femme Mirka avaient eu des jumelles, j’ai tout de suite pensé à Héraclite. Et à Parménide, bien sûr. Cela eût-il pu être autrement? Non, évidemment. Quelle question.

Je tiens à rappeler ici qu’Héraclite et Parménide ne sont ni les nouveaux amants ni les derniers chihuahuas de Paris Hilton et de Britney Spears. Mais les deux grands philosophes grecs présocratiques dont l’aura s’étend sur la pensée occidentale. Pour l’un, je cite de mémoire, «l’être est, et le non-être n’est pas». Pour l’autre, «le non-être est et l’être n’est pas». N’est-ce pas? A moins que ce ne soit le contraire. Enfin bref, l’unité et la dualité, le même et l’altérité, voilà évidemment ce à quoi les jumelles de Federer m’ont fait songer. Vous pensez bien. Ce n’est pas ici, à propos de ce carnet rose, que vous lirez jamais des jeux de mots, genre «double dame», «doublé gagnant». Pouâh.

Bien sûr, j’aurais pu tomber dans la vulgarité. Et vous rappeler que Roger et Mirka ont eu deux bébés d’un coup, comme la moitié des people aujourd’hui. Mais non, je n’allais pas choir aussi bas.

J’aurais aussi pu écrire que les jumelles de Federer s’appellent Charlene Riva et Myla Rose. Deux prénoms faciles à prononcer dans plein de langues, et compatibles avec une Suisse cosmopolite et ouverte. Et ne comptez pas sur moi pour féliciter Roger et Mirka d’avoir choisi deux prénoms bien différents, histoire de donner à chacune de leurs fillettes des étiquettes identitaires bien distinctes.

J’aurais aussi pu soupeser la chance que ces deux êtres humains tout roses ont de ne pas être ni tout seul, ni surtout mâle. Deux filles plutôt qu’un fils unique, ça devrait être plus simple quand on aura à se mesurer avec l’image d’un père déifié de son vivant? Mais pas de ce genre de psychologie de bar ici. Tss, tsss, tssss.

J’aurais pu rajouter que les jumeaux sont toujours plus nombreux en Suisse. Que par ailleurs, selon les statistiques, une Suissesse met son premier enfant au monde à l’âge 30,8 ans. Que c’est à quelques jours près l’âge de Mirka. Et que si on ajoute les origines est-européennes de cette dernière, la famille Federer représente, en bien plus riche, évidemment, un modèle assez crédible de la famille helvétique. Passeports métissés, jumeaux, hosanna. J’aurais pu décrire cette figure familiale séduisante. J’aurais pu. J’aurais dû.