Sexualité

Paul, 68 ans, grand amateur de rondeurs

Plus que tout, ce sont les seins qui fascinent cet ex-enseignant. Gourmand et plein d’appétit, il aimerait que sa femme le soit autant que lui

L’an dernier, cinq femmes de 17 à 67 ans nous confiaient ce qui les excitait et les éteignait sexuellement. Du 20 au 24 août, «Le Temps» s’est cette fois intéressé à cinq hommes hétérosexuels sur le même sujet. Ils ont entre 20 et 80 ans, habitent en Suisse et racontent leur intimité, – le feu, la foudre, le flop –, sans se dérober. 

Premier épisode: Jonathan, 20 ans, le sexe joyeux et décomplexé

Deuxième épisode: Cédric, 27 ans, la jouissance à force de persévérance

Troisième épisode: Vincent, 43 ans, l’homme aux 250 femmes


Il a les yeux qui frisent, Paul. A 68 ans, cet ex-enseignant valaisan ne s’en cache pas: il aime regarder les femmes dans la rue et doit se contrôler «pour ne pas les déshabiller en pensée». Car, plus que tout, ce sont les seins qui fascinent cet amateur de rondeurs. «J’aime ce qui est doux, voluptueux.» Depuis plus de vingt-cinq ans, Paul vit une relation «riche et animée» avec Amandine, 59 ans, assistante de direction dans une entreprise privée. Lui est à la retraite, elle est débordée. Du coup, leur sexualité est «intermittente, quasiment réservée aux vacances», regrette ce père de trois enfants, qui a reçu une éducation catholique stricte et a passé sa vie à s’en distancer.

Naître en Valais en 1950 et grandir dans la tradition catholique, sous la houlette d’une mère aimante mais autoritaire, qui lui instille la conviction que «la première femme embrassée sera son épouse». Paul a beau avoir 18 ans en 1968, il se situe à des années-lumière de la révolution de mai. «Lorsque j’ai embrassé une fille pour la première fois, j’ai eu l’impression d’une immense transgression! Quand je pense que certains de mes copains tenaient des carnets de leurs conquêtes… moi, je n’ai absolument pas fait mon adolescence sexuelle.»

Le catéchisme comme guide sexuel

Pourtant, Paul a appris à se masturber à 12 ans avec un copain de foot et, entre 13 et 15 ans, a assouvi son appétit des courbes féminines avec le magazine Playboy et les calendriers Pirelli. Mieux, à 19 ans, lors d’un voyage de fin d’études à Hambourg, le jeune homme s’est offert un strip-tease. Pas si mal, comme initiation. «Oui, mais j’étais privé de l’exploration live. Mon prof de catéchisme nous avait enseigné qu’on ne couchait qu’après le mariage.»

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Assez logiquement, Paul connaît sa première expérience sexuelle après le mariage. Solide et fiable, sa femme de 22 ans «pratique une sexualité peu fréquente, une fois tous les quinze jours, et, surtout, pleine d’interdits moraux». Position basique, pas de cunnilingus ni de fellation, le sexe n’est pas pour elle un grand moment d’exaltation. «Nous avons eu un enfant et je me sentais père. Par contre, je ne me sentais pas adulte, il me manquait une dimension.»

Adolescence différée

Alors, tout aussi logiquement, Paul reprend sa liberté à 30 ans et entame une adolescence différée. «Entre 30 et 40 ans, j’ai eu une vingtaine de compagnes, parfois deux la même journée, et j’ai enfin pu me lâcher! L’échec du divorce était douloureux, mais j’ai trouvé une compensation dans cette période pleine de délices.»

J’ai appris à gérer mon éjaculation, même si ma prostate est un peu capricieuse. Faire l’amour, c’est comme manger un bon repas. On apprécie mieux avec la maturité.

C’est-à-dire? Qu’est-ce que ce toqué de la volupté aime? «Tout ce qui va dans le sens du plaisir: me perdre dans les seins d’une femme, la pénétration lente et délicate, faire durer les jeux amoureux, arriver à la jouissance en même temps que ma partenaire. J’aime quand l’union est pleine.»

Pas fan de la sodomie

Sa position préférée? «La levrette. Mais aussi quand ma femme est sur moi. En fait, j’aime être surpris, qu’on se renouvelle. Je me souviens d’une fois en extérieur, près d’un lac de montagne, le rêve! En revanche, je ne pratique pas la sodomie. Pour moi, c’est de la violence et de la domination sans intérêt. Ce qui me plaît le plus? Quand je ne jouis pas qu’au niveau du pénis, mais dans tout mon être. J’ai alors des vibrations jusqu’au bout de chaque membre et le temps s’arrête.»

L’âge n’est pas un frein

A propos du temps, l’âge qui avance est-il un frein à l’éros? «Au contraire, avec les années, j’ai appris à gérer mon éjaculation et je ne souffre pas encore d’inhibition sexuelle, même si ma prostate est un peu capricieuse. Faire l’amour, c’est comme manger un bon repas. On apprécie mieux avec la maturité.»

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Le hic pour Paul se situe plutôt dans le décalage d’âge. «Comme j’ai 9 ans de plus que ma seconde épouse, j’ai été à la retraite bien avant elle et vu qu’elle a un poste à responsabilités, il n’y a guère qu’en vacances qu’on se régale, car le week-end, elle doit récupérer. Ce décalage pourrait devenir un sujet de frustration. On doit trouver une solution, car je ne conçois pas le couple sans sexualité…»

Traumatisé par l’infidélité

A-t-il envisagé d’aller voir ailleurs pour résoudre ce déséquilibre? «Non, je suis un traumatisé de l’infidélité ou du couple ouvert. Je suis rigoureux sur la fidélité. Ce n’est pas une histoire de moralité, mais de santé du couple. D’après ce que j’observe, les couples ouverts finissent toujours par se perdre.»

Pour lutter contre l’ennui, Paul et Amandine, parents de deux enfants aujourd’hui adultes, assistent à des ateliers qui stimulent leur sexualité. «Ce sont des week-ends où, avec d’autres couples, on étudie comment améliorer la communication non verbale, le rapport au désir, la séduction, etc.» Des stages qui peuvent aller jusqu’à une forme d’échangisme? «Non. Il y a un trouble entre nous, forcément, puisqu’on parle de sexe et qu’on pratique des jeux de rôle, mais ça ne se termine pas en partouze généralisée!»

Le porno? Trop basique

Sinon, Paul trouve le porno «sombre et trop terre à terre». Il ne comprend pas non plus le sadomasochisme – «n’y a-t-il pas déjà assez de souffrance dans le monde?» – et n’aimerait pas draguer sur internet, car il «apprécie le frisson du direct». Son avis sur la vague #MeToo? «Je respecte les femmes, mais j’avoue une certaine perplexité. Quand on sait qu’un simple regard peut entraîner des poursuites, car tout dépend du ressenti de la victime, on peut craindre cette société qui fait la guerre au trouble du désir.» Paul a les yeux qui frisent, mais l’époque ne lui donne pas raison.

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