mali

Le pays où l’or pousse comme poussent les carottes

«Le Rhinocéros d’or» rassemble 34 histoires passionnantes qui manifestent le développement de l’Afrique noire entre le VIIe et le XVe siècle

Un petit rhinocéros trouvé vers 1930, par un étudiant blanc, sur ce qui deviendra le site de Mapungubwe, à l’extrême nord de l’Afrique du Sud, joue le rôle titre du livre de François-Xavier Fauvelle-Aymar. L’historien a choisi cet objet pour plusieurs raisons: l’animal évoque immédiatement l’Afrique; il est fait de feuilles d’or clouées entre elles, alors que le commerce du précieux métal est un des thèmes de l’ouvrage; Mapungubwe est l’étape la plus méridionale de ce tour de l’Afrique médiévale; le rhinocéros d’or a été trouvé dans une tombe qui révèle l’existence d’un royaume, d’un pouvoir constitué; mais cette tombe a été maintes fois pillée, ce qui rend difficile, voire impossible, toute documentation scientifique du site; l’animal a une seule corne, comme les rhinocéros d’Inde et de Java, il se peut donc que son «âme», probablement en bois, aujourd’hui disparue, ait été importée, ce qui laisse deviner des relations commerciales outremer.

Bref, l’animal synthétise le propos de François-Xavier Fauvelle-Aymar: l’Afrique noire n’a pas attendu que l’Europe la découvre et la colonise pour développer sa propre histoire.

Sous-titré Histoires du Moyen Age africain, l’ouvrage ne prétend pas être une grande fresque, impossible à brosser en l’état des connaissances, mais plutôt un «vitrail» qui juxtapose des scènes significatives. Il offre un tour de cette Afrique où, entre le VIIIe et le XVe siècles, en parallèle avec notre Moyen Age mais sans lien avec lui, surgirent des villes, des monuments, des empires, des civilisations.

De tradition orale, les populations qui les ont fait naître ont laissé peu ou pas de traces écrites, sinon dans les récits, souvent fortement teintés de légende, des voyageurs arabes, indiens et même chinois. C’est d’ailleurs un Chinois qui est le héros du premier récit: Du Huan qui, en 762, laissa un rapport de voyage qui semble témoigner d’un séjour en Afrique, un pays où les hommes sont Noirs et où «on nourrit les chevaux de poisson séché». Mais les contacts avérés datent du XVe siècle. Ils ont pu se faire par le biais de l’islam qui a «branché» l’Afrique à l’Asie à travers le Moyen-Orient, comme il a «branché» l’Europe et le Sahel.

Les récits suivent un ordre à peu près chronologique, du VIIe siècle jusqu’aux voyages de Vasco de Gama, au XVe siècle. Ils dessinent aussi des itinéraires à travers le continent, du nord au sud. La majorité de ces histoires concerne le Sahel, les relations commerciales avec le nord, l’exploitation des richesses du sud.

La part des légendes est belle: c’est qu’il y a toujours des enseignements à en tirer. Ainsi, un auteur du début du Xe siècle écrit: «Dans le pays de Ghana, l’or pousse comme des plantes dans le sable, comme poussent les carottes. On le cueille au lever du soleil.» Ce qui confirme le fait que les commerçants ne connaissaient pas l’origine du métal qu’ils achetaient, et confondaient les lieux de vente avec ceux de la production.

Passionnantes, faciles à lire, racontées avec talent, toutes les histoires sont suivies d’un important appareil de notes et de références érudites, qu’on peut parfaitement ignorer si l’on n’est pas un spécialiste. L’ouvrage est illustré avec des cartes, des plans de villes reconstitués, des images de sites et d’objets archéologiques: ce témoignage en faveur d’une Afrique maîtresse de ses richesses et de ses relations avec le reste du monde connu, est aussi une réflexion sur la fragilité de l’archive quand manquent les sources écrites. I. R.

Le Rhinocéros d’or. Histoires du Moyen Age africain. François-Xavier Fauvelle-Aymar. Alma, 320 p.

Publicité