Les mesures de précaution décidées mercredi par l'Office vétérinaire fédéral (OVF) pour empêcher la fièvre aphteuse de pénétrer en Suisse entreront en vigueur lundi 2 avril. Tandis que dans les zones franches du Pays de Gex et de la Haute-Savoie, les agriculteurs s'insurgent contre l'embargo à l'exportation imposé par l'Union européenne au lait non pasteurisé.

L'interdiction helvétique d'importer de la viande (sauf celle de basse-cour et de cheval) en provenance des pays touchés par l'épizootie (Grande-Bretagne, Irlande, France et Pays-Bas) ne s'appliquera qu'au trafic de marchandises. Les particuliers qui ont l'habitude d'acheter quelques morceaux de viande en France voisine pour leur consommation personnelle pourront continuer à traverser librement la frontière, pour autant qu'ils respectent les quotas. «En revanche, si jamais le nombre de cas de fièvre aphteuse augmentait en France, l'Office pourrait étendre l'interdiction d'importation à tous les particuliers», avertit Heinz Müller, porte-parole de l'OVF. Un scénario qui fait frémir les gardes-frontière, qui seraient alors obligés de systématiser les contrôles aux frontières.

Cependant, le paquet de mesures prises par l'OVF interdit déjà aux voyageurs en provenance de Grande-Bretagne d'importer de la viande ou des produits en contenant. Jusqu'à présent, dans les aéroports, une affiche invitait les passagers débarquant du Royaume-Uni à déposer ce type d'aliments dans un container. Désormais, ils y seront contraints. «Un sandwich avec du jambon contaminé n'est pas dangereux en soi, note Heinz Müller. Il le devient s'il est donné comme repas à un cochon qui deviendra alors porteur de la maladie.»

Par ailleurs, les mesures européennes prises pour enrayer la propagation de l'épizootie ont créé un foyer de mécontents: les 130 agriculteurs de la zone franche bordant la frontière genevoise et qui exportent chaque jour 60 000 litres de lait vers Genève. Or, une directive interdit depuis le mardi 27 mars l'exportation hors de l'Union des produits laitiers s'ils ne sont pas pasteurisés. Didier Cavroy, directeur de Nutrilait, l'un des principaux acheteurs du lait de la zone franche, dénonce cette décision: «En matière sanitaire, ce lait est géré par la Suisse. Le statut des zones franches est bafoué par Bruxelles, qui a pris une décision unilatérale sans tenir compte des particularités locales.» Etienne Blanc, président de la communauté de communes du Pays de Gex, a saisi le préfet de l'Ain: la décision appartient à Bruxelles.