Un mois avant le début de la présidentielle américaine du 8 novembre, WikiLeaks publiait des e-mails de John Podesta, le directeur de campagne de la candidate démocrate Hillary Clinton. Aussitôt, la presse a épluché ces milliers de courriels piratés, à la recherche d’éléments politiquement compromettants.

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Certains se sont attardés sur une poignée d’e-mails anodins évoquant une soirée de levée de fonds organisée pour Hillary Clinton avec James Alefantis, le patron et chef de Comet, une pizzeria nichée dans un quartier huppé de la capitale américaine. Il n’en fallait pas plus pour déchaîner les réseaux conspirationnistes. Depuis, une folle rumeur se propage sur Internet: la pizzeria Comet abriterait un réseau pédophile.

La théorie du «Pizzagate»

Chaque jour, des internautes se précipitent sur le compte Instagram de James Alefantis, réalisent des captures d’écran qui se retrouvent sur les forums 4Chan et Reddit pour propager la théorie baptisée «Pizzagate». «Ils ont découvert un réseau de trafic d’enfants pour les élites qui célèbrent leurs penchants en utilisant des noms de code et des œuvres d’art dérangeantes», affirme ainsi le site conspirationniste The Vigilant Citizen.

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La page Facebook du restaurant a été inondée de commentaires négatifs et de messages menaçants. La langue française est même convoquée par les conspirationnistes: James Alefantis serait phonétiquement proche de «J’aime les enfants».

Dans cet univers, tout devient suspect: des peintures de nus sur les murs du restaurant sont tendancieuses, des motifs sur une robe d’enfant ou sur le menu cachent des symboles pédophiles et la photo d’une petite fille jouant avec du scotch révèle des pratiques sexuelles déviantes.

Un restaurant familial et branché

«Au début, je me disais: il y a une bande de tarés, tout le monde est chauffé à blanc par l’élection et ça va disparaître. Mais c’est en réalité l’inverse qui s’est passé», raconte le restaurateur à l’AFP. Au téléphone ou via les réseaux sociaux, les messages s’intensifient encore après la victoire de Donald Trump. «Des gens nous prévenaient qu’ils allaient venir s’occuper de nous ou nous disaient de révéler où étaient les tunnels censés être utilisés pour trafiquer et abuser des enfants», explique James Alefantis.

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Le Comet n’a pourtant a priori rien d’effrayant. Familial et branché, le restaurant se divise en plusieurs salles, dont une abritant des tables de ping-pong et un baby-foot, et accueille des concerts de rock alternatif le soir venu. «En début de soirée, des parents avec leurs poussettes viennent pour une pizza, des adultes viennent se retrouver mais le plus ironique dans cette histoire c’est que c’est aussi un endroit où nos adolescents viennent se retrouver en toute sécurité», assure à l’AFP Leslie Harris, une avocate et habitante du quartier.

Les réseaux sociaux «comme des armes»

Le restaurateur a saisi la police locale et le FBI mais les moyens de contrer une telle offensive restent lacunaires. Sous pression, Reddit a fermé un sous-forum dédié au «Pizzagate» en raison de «violations répétées des règles sur le contenu», a indiqué une porte-parole à l’AFP. Mais les attaques n’ont pas cessé. Selon James Alefantis, cette attaque «coordonnée et orchestrée» est en réalité liée à ses convictions politiques et à sa proximité avec les démocrates. «Je suis un entrepreneur indépendant, j’ai le droit de soutenir qui je veux et dédier mes ressources comme je l’entends», clame-t-il.

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«C’est comme le jeu où vous frappez sur une taupe et où elle ressort par un autre trou. Il est impossible de réguler ces endroits. Il faut plutôt donner aux utilisateurs les moyens de distinguer ce qui est digne de confiance du reste», affirme à l’AFP Claire Wardle, experte au Tow Center for Digital Journalism. En attendant, James Alefantis appelle à une prise de conscience. «Il faut que la société reconnaisse que les réseaux sociaux peuvent être utilisés comme des armes», dit-il. «On peut facilement être détruit par ce type d’attaques.»